France Relance : un plan de transformation économique

France Relance : un plan de transformation économique

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Le Premier ministre français, Jean Castex. Crédit photo: Florian DAVID / CC BY-SA

Accompagné d’un portefeuille de 100 milliards d’euros pour la relance économique française, dans des circonstances de crise propices à la réforme, le gouvernement de Jean Castex dispose d’un cadre favorable à la restructuration du paysage économique français.

C’est sans surprise qu’on a appris la démission du gouvernement de Edouard Philippe en juillet dernier et c’est sans attendre que le président de la République, Emmanuel Macron, a désigné le nouveau Premier ministre français : Jean Castex. L’ancien LR rejoint dés lors le parti majoritaire centriste, La République en Marche, symbole fort de son engagement dans la politique du président. En pleine épidémie de Covid-19, au lendemain d’un confinement d’ampleur mondiale aux conséquences économiques monumentales, il désigne Barbara Pompili (LREM) au poste de ministre de la Transition Écologique et s’appuie sur le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire (LR) – désormais ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance – pour la mise en place d’un plan d’action afin de sortir de la récession.

Avec une dette publique estimée à 121% du PIB en 2020, un déficit record de 225 milliards d’euros et une activité freinée, la France, tout comme le reste du monde, doit au plus vite trouver le moyen d’endiguer les pertes et de réengager la croissance. Pour cela, Jean Castex a présenté le 3 septembre le plan « Relance France ». Avec 100 milliards d’euros qui viennent s’ajouter aux 470 milliards d’euros déjà mobilisés pour amortir le coût du confinement et de l’urgence sanitaire, le Premier ministre déclare avoir « le montant nécessaire pour retrouver dès 2022 notre niveau de richesse d’avant la crise. » Afin de disposer de cette somme historique, la France s’appuie sur une subvention de 40 milliards d’euros de l’Union Européenne – l’Italie et l’Espagne, plus fortement touchés par l’épidémie, obtiennent chacun 60 milliards d’euros. La relance européenne est ainsi financée « ensemble par un endettement commun » des états membres, comme l’a expliqué Emmanuel Macron le 21 juillet dernier sur TF1. À cela s’ajoute la loi de finance rectificative pour 2020 qui s’attèle à redistribuer les subventions de l’état là où elles sont le plus immédiatement nécessaires : 45 milliards d’euros de soutien pour les secteurs les plus atteints (l’aéronautique, l’automobile, le tourisme, l’hôtellerie-restauration et la culture) ; près de 31 milliards d’euros pour le chômage partiel ; 8 milliards d’euros pour les TPE ; près de 4,5 milliards d’euros pour les collectivités locales ; 1 milliard d’euro ajouté à la dotation de soutien à l’investissement local (pour les projets axés sur la transition écologique) ; 1 milliard d’euro pour l’emploi des jeunes (dispositif exceptionnel en réponse à un taux de chômage qui s’élève pour le second trimestre 2020, selon l’Insee, à 21% chez les moins de 25 ans) ; 750 millions d’euros pour les communes et les collectivités d’Outre-mer ; 490 millions d’euros pour « décarboner » l’industrie et contribuer à sa relocalisation ; 250 millions ajoutés à l’aide pour l’agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF). Avec la loi de finance pour 2021 qui sera votée en décembre et le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui, l’année prochaine, sera revu à la baisse avec 1 milliard d’euro d’économie programmée, on atteint ainsi une caisse de 100 milliards d’euros.

Mais avec « France Relance » on retrouve surtout l’outil d’une transformation économique d’ensemble. Conduite par un conseil de suivi de relance sous la direction de Jean Castex, un comité de pilotage de la relance sous la direction de Bruno le Maire et un conseil interministériel, ce plan s’appui sur « trois leviers structurants », tel que l’a évoqué le Premier ministre. L’écologie, premier axe de cette relance, justifie un investissement majeur dans l’industrie. Avec son objectif de « décarbonisation », il s’agit avant tout de diminuer l’importation de produits fabriqués sous de moindres réglementations afin de réduire l’empreinte carbone de la France et, de ce fait, fabriquer localement les biens de la consommation française. C’est une action aux répercutions lentes qui s’inscrit bien dans l’économie durable contrainte par les impératifs écologiques, mais qui n’agira pas sur les problématiques les plus pressantes de la crise. La compétitivité est la seconde priorité, avec un dispositif qui vise à l’autosuffisance. « France Relance a été conçu comme un accélérateur de souveraineté » clarifie le président de la République. Là encore, l’industrie est la première ciblée, en accord avec les ambitions écologiques du plan. Il s’agit d’investir dans les technologies d’avenir (la 5G et la quantique sont mentionnées) pour augmenter l’attractivité du pays et recentrer la production française en France afin « de ne plus dépendre des autres pour les biens essentiels, de ne plus risquer des ruptures d’approvisionnement critiques » comme le résume Emmanuel Macron. Avec cette décision, plus pragmatique, on reconnaît les conséquences directes du grand confinement mondial qui a isolé les états lors de la fermeture successive des frontières. Les petites et moyennes entreprises (PME), très petites entreprises (TPE) et entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont également une priorité avec le renforcement des fonds qui leur sont attribués. Le troisième point est la cohésion : sociale et de l’emploi. Au service des citoyens et des territoires les plus impactés par la récession, cette action reste inscrite dans la transition économique avec l’accent mis sur la formation. Mais c’est aussi un investissement dans le secteur de la santé, l’aide à l’embauche, le maintien de l’emploi et les collectivités. C’est ces dernières dépenses qui seront consacrées à aider les éléments rendus le plus vulnérable, au plus rapidement.

Dans sa globalité, le plan de relance présenté par Jean Castex est avant tout l’ébauche d’une mutation, motivée par les nouveaux impératifs rencontrés aux limites de la mondialisation. Et si des investissements conséquents sont consacrés à panser les plaies causées par la pandémie et les contraintes économiques qui l’accompagne, le levier le plus couteux reste la compétitivité avec 35 milliards d’euros, dont 20 milliards d’euros pour la baisse des impôts de production et 11 milliards d’euros d’investissement dans les technologies d’avenir. À cela s’ajoute des dépenses au service de la cohésion, de près de 26 milliards d’euros, consacrées à hauteur de 10 milliards d’euros à la formation – des jeunes, des actifs – mais surtout au maintien de l’emploi et des compétences. L’écologie, bien loin de l’exécution rapide de changements critiques, se voit attribuer 22 milliards d’euros, dont près de 7 milliards d’euros destinés à la rénovation énergétique des bâtiments publics et des logements sociaux. Ainsi, au dernier quinquennat du mandat de la présidence d’Emmanuel Macron, le plan « France Relance » et le gouvernement de Jean Castex s’engagent au redressement de l’économie, mais il reste à voir si le retour sur investissement sera effectif, et qui, des français, en bénéficiera.

Syrine Gouni

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