Léon XIV en Algérie : Quand l’histoire et la foi se rencontrent
Le président Algérien Abdelmadjid Tebboune a accueilli pour la première fois un pape catholique, Léon XIV, qui a salué la culture de l’accueil et de l’hospitalité du pays. En prônant le dialogue et la rencontre interreligieuse, le Pape a encouragé les chrétiens et musulmans à bâtir un avenir commun. Sa visite a marqué un moment de renouveau pour l’Église locale, tout en apportant un message fort de paix et de concorde, particulièrement pour les chrétiens souvent isolés et marginalisés dans une société majoritairement musulmane.
L’Algérie a découvert une figure emblématique : le chef de l’Église catholique, Léon XIV, venu en pèlerinage de paix dans ce pays à majorité musulmane. À travers ses paroles, le Pape a salué à plusieurs reprises la culture d’accueil et d’hospitalité qui caractérise cette nation, appelant à renforcer les liens humains et spirituels. Dans son discours, il a tendu la main, invitant à approfondir la « culture de la rencontre » chère à son prédécesseur, le Pape François. « Rencontrons-nous et essayons de nous comprendre, en reconnaissant que nous formons une seule famille ! », a-t-il lancé devant les autorités algériennes.

Le message de paix, « La paix soit avec vous », a résonné comme un écho à ses premiers mots prononcés aux monuments des morts (Maqam El Chahid) à Alger. Ce salut, qui se traduit en arabe par « Asalam aleikoum », symbolise le respect et l’ouverture. Fils de Saint-Augustin, le Pape a constitué une source de fierté pour le peuple algérien et un encouragement pour la petite Église locale, un foyer chrétien en Afrique dont le visage a considérablement évolué au cours des dernières décennies.Cette visite a confirmé le rôle de l’Église catholique en Algérie comme acteur de la concorde, de la justice sociale et du dialogue interreligieux.

Une rencontre interreligieuse marquante
Les catholiques vivant en Algérie, issus pour la plupart d’une Église au visage africain, ont économisé leurs ressources et parcouru des centaines de kilomètres pour vivre cet événement. Pour beaucoup, notamment parmi les jeunes étudiants, leur identité chrétienne est parfois perçue avec suspicion ou hostilité. « J’espère qu’après cette visite, nous aurons plus de liberté pour nous exprimer et vivre en harmonie avec les musulmans », confie Daphine Apio, étudiante à M’Sila. Le Pape a semé une graine de compréhension. Par la suite il est allé à la grande mosquée pour échanger avec l’imam. Ce geste a été vu par les Algériens.Le pape Léon XIV a visité, lundi en fin d’après-midi, la Basilique Notre-Dame d’Afrique (Alger) où il a présidé une cérémonie.Il a pu rencontrer les membres de la communauté chrétienne en Algérie mais aussi des personnalités de la société civile qui ont tenu à assister à cette rencontre inédite d’un pape en Algérie.À Bab El Oued comme à Notre-Dame d’Afrique, chrétiens et musulmans ont montré qu’ils pouvaient cheminer ensemble, sous l’impulsion du Souverain Pontife.
Léon XIV en pèlerinage à Annaba : un hommage à Saint Augustin,message de fraternité et d’unité
Le 14 avril 2026, lors de son voyage historique en Algérie, le pape Léon XIV a marqué une étape symbolique à Annaba, ancienne Hippone, où Saint Augustin fut évêque. Après une visite des vestiges archéologiques de la ville antique, il a célébré une messe dans la basilique Saint-Augustin, restaurée en 2013. Ce déplacement revêt un caractère de pèlerinage, mettant en lumière l’importance de ce grand théologien chrétien dont l’héritage imprègne le pontificat de Léon XIV.

Ce dernier s’était d’ailleurs désigné comme « un fils de saint Augustin » lors de son élection en 2025.Hippone, autrefois une prospère cité romaine et un carrefour commercial entre l’Orient et l’Occident, était un centre majeur de la pensée chrétienne en Afrique du Nord. Saint Augustin, né à Thagaste (actuelle Souk Ahras, Algérie), y fut ordonné prêtre avant de devenir évêque en 396. Il y combattit les hérésies de son temps, tout en réformant son clergé et en fondant des monastères. Ses œuvres majeures, telles que Les Confessions et La Cité de Dieu, ont marqué l’histoire de la théologie chrétienne.Augustin mourut en 430 lors du siège d’Hippone, mettant fin à l’âge d’or de la ville. Canonisé en 1298, il est proclamé docteur de l’Église. Après une éclipse de sa mémoire sous l’ère islamique, sa figure fut réhabilitée sous la colonisation française au XIXe siècle, avant de connaître un nouvel essor au XXe siècle.
Le pape Léon XIV arrive à Annaba et visite le site archéologique d’Hippone
À son arrivée à Annaba, le pape Léon XIV s’est dirigé vers le site archéologique d’Hippone, où il a été chaleureusement accueilli par M. Ahmed Attaf, ministre d’État chargé des Affaires étrangères, des Affaires africaines et de la Communauté algérienne à l’étranger, ainsi que par Mme Malika Bendouda, ministre de la Culture et des Arts.Le Saint-Père a ensuite planté un olivier sur le site, entouré de la chorale locale. Il a également pris le temps de saluer quelques invités présents, marquant ainsi un moment symbolique de cette visite.

Aujourd’hui, la basilique Saint-Augustin d’Annaba, construite en 1881, continue de commémorer son héritage chaque année autour du 13 novembre, date de sa naissance.À Annaba, sur les traces de son père spirituel Saint-Augustin, Léon XIV a été invité à poursuivre sa mission de témoigner de l’Évangile et à répandre son message de « joie et réconfort ». Il a exhorté les chrétiens algériens à « renaître d’en haut » et à transformer les épreuves du passé, notamment celles des martyrs, en « semences pour l’avenir ». Pour l’Église algérienne, cette visite revêt une importance capitale pour l’avenir. « Ce n’est qu’après le départ du Pape que l’on va sentir que l’on construit quelque chose ensemble », confie le Père José Cantal, missionnaire d’Afrique, installé à Adrar, à 1500 kilomètres d’Alger. « On est tellement dispersés que l’on a du mal à se rencontrer », explique-t-il, avant de préciser : « Cette visite va changer les choses, on sera soudés comme jamais. »
Un symbole de dialogue et de fraternité
L’image la plus forte de cette visite a été sans doute celle du Pape et du recteur de la grande mosquée d’Alger marchant côte à côte, en silence. « Cette image est extrêmement forte car elle ne va pas de soi », commente le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger. Pour lui, cette rencontre marque un tournant : « Le voyage commence maintenant, une fois qu’il est parti. Nous vivons dans un pays à long terme. La visite du Pape est une bénédiction, il a semé les graines du dialogue et de la paix. »

Pour le recteur de la grande mosquée de Paris Chems-Eddine Hafiz,La visite du Pape Léon XIV en Algérie, un événement d’une portée spirituelle et politique. Il a souligné que la visite du Pape Léon XIV en Algérie, qui a débuté lundi, représente un événement inédit dans l’histoire, marqué par une forte dimension spirituelle et politique. Il a évoqué cette visite historique, qui a suscité de nombreuses réactions, souvent contrastées, notamment en France.Selon le recteur, ce déplacement du souverain pontife, à l’invitation du président algérien Abdelmadjid Tebboune, est avant tout un message symbolique, spirituel et politique. Il a rappelé que cette visite concrétise le souhait de son prédécesseur, le Pape François, de se rendre en Algérie, un projet qu’il avait manifesté à plusieurs reprises.« Aujourd’hui, c’est la visite d’un homme exceptionnel, bien qu’il soit chrétien. L’Algérie, grande nation musulmane, pourrait se demander ce que cela signifie, mais cette visite démontre la profonde dimension spirituelle du pays, qui a toujours incarné la coexistence religieuse », a expliqué M. Hafiz. Il a ajouté que la place des minorités religieuses en Algérie est un élément essentiel de cette rencontre, d’autant plus qu’elle survient après la visite du Président Tebboune au Vatican, en juillet dernier.Le recteur a insisté sur le fait que la portée de cette visite dépasse le cadre spirituel pour embrasser une dimension politique majeure. Il a également souligné l’importance de l’Algérie dans le contexte africain, qualifiant le pays de « grand frère de l’Afrique ». Selon lui, le choix de l’Algérie, parmi d’autres nations musulmanes, pour cette visite papale est chargé d’une forte symbolique. « L’Algérie, fière de son identité africaine, n’a jamais tourné le dos à son continent et a toujours œuvré pour son développement », a-t-il ajouté. Quant à la perception de cette visite en France, M. Hafiz a indiqué que de nombreux responsables ecclésiastiques français ont exprimé leur émotion et leur admiration pour ce voyage papal. « Des évêques, prêtres et curés m’ont écrit pour dire à quel point ils étaient touchés par cette visite ». Toutefois, certains secteurs politiques, notamment l’extrême droite et l’ultra-droite en France, expriment leur mécontentement face à ce déplacement, le percevant comme une légitimation de la politique internationale du Président Tebboune.Concernant la visite au Sanctuaire du Martyr, (Magam El Chahid) symbolique forte de ce geste.

Ce pèlerinage rappelle la lutte de l’Algérie pour sa dignité pendant la période coloniale. En outre, une fierté de voir le Pape visiter la Grande Mosquée d’Alger, un lieu de culte musulman unique au monde, qui abrite un centre de recherche sur le dialogue interreligieux. « La visite du Pape à la Grande Mosquée est une leçon de fraternité, un message fort.
HHS





