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Alger–Paris : Le retour du réalisme stratégique

Dans un climat longtemps parasité par les invectives médiatiques, les surenchères idéologiques et les calculs politiciens de seconde zone, la récente visite à Alger du ministre français de la Justice Gérald Darmanin marque un tournant d’une portée bien plus profonde qu’il n’y paraît.

Derrière les sourires protocolaires et les déclarations diplomatiques, c’est en réalité une nouvelle architecture sécuritaire et judiciaire qui semble se dessiner entre L’Algérie et la France.Car les États sérieux finissent toujours par se retrouver autour des mêmes priorités : la stabilité, la sécurité, la lutte contre les réseaux mafieux, le blanchiment d’argent, le terrorisme transnational et les trafics qui rongent les nations de l’intérieur. Les passions politiques passent. Les intérêts stratégiques demeurent.

Pendant des mois, certains acteurs exaltés, influenceurs improvisés, activistes sans colonne vertébrale et marchands de haine ont tenté d’imposer l’idée d’une rupture irréversible entre Alger et Paris. Ils avaient sous-estimé la mémoire des États, la profondeur des appareils institutionnels et surtout la capacité de l’Algérie à défendre ses intérêts sans jamais céder à l’agitation émotionnelle.L’inflexibilité algérienne n’était ni un caprice ni une posture. Elle procédait d’une logique souveraine claire : le respect mutuel ne peut exister sans réciprocité.

Le président Abdelmadjid Tebboune l’a rappelé à plusieurs reprises, le droit doit primer, y compris lorsqu’il concerne les individus visés par des procédures judiciaires, des obligations de quitter le territoire ou des mandats internationaux. Une coopération équilibrée implique des devoirs dans les deux sens.Ainsi, la question des laissez-passer consulaires ou des expulsions ne pouvait être dissociée d’un autre sujet fondamental; celui des individus recherchés par la justice algérienne et ayant trouvé refuge à l’étranger sous couvert d’asile politique, de protection médiatique ou de réseaux d’influence. Paris semble désormais avoir pleinement intégré cette réalité. Dans les coulisses, les lignes bougent. Plusieurs figures connues pour leurs provocations incessantes contre l’État algérien tels que Amir dz- Abdou Semmar- Hichem Aboud sans oublier Ferrat Meheni, auraient discrètement quitté certains sanctuaires européens pour se disperser entre le Maroc et l’Espagne, espérant échapper à l’évolution du rapport de force diplomatique. Mais les temps changent, l’Algérie a démontré, ces dernières années, une remarquable résilience stratégique.

Attaquée, caricaturée, parfois même ciblée par de véritables campagnes d’hostilité informationnelle, elle n’a jamais abandonné sa ligne de conduite. Elle a attendu, observé et consolidé ses positions. Et aujourd’hui, les équilibres semblent lui donner raison.Le cas de Abdeslam Bouchouareb revient d’ailleurs avec insistance dans les discussions d’analystes et de juristes.

Visite à Alger Gerald Darmanin et son homologue Brahim Merad

Derrière ce dossier emblématique se dessine une question centrale; jusqu’où les états européens accepteront-ils encore de servir de refuge à des personnalités poursuivies par la justice de leur pays d’origine, alors même qu’ils réclament parallèlement une coopération totale d’Alger sur les questions migratoires et sécuritaires ?

Cette nouvelle phase des relations franco-algériennes repose désormais sur un principe brutal mais lucide, les États n’ont pas d’amis permanents, ils ont des intérêts permanents. Dans cette équation, Algérie et France ont compris qu’elles avaient davantage à gagner dans la coordination que dans l’affrontement stérile alimenté par des officines numériques et des entrepreneurs du chaos. Les voix qui, hier encore, prospéraient dans les salons feutrés, les studios complaisants ou les plateformes financées par des intérêts obscurs découvrent progressivement une réalité nouvelle, le temps de l’impunité médiatique touche à sa fin. Les “réfugiés de circonstance”, persuadés d’être devenus intouchables, voient l’étau diplomatique se resserrer autour d’eux.

Les mouches ont changé d’âne, et ceux qui pensaient avoir transformé la haine de l’Algérie en rente politique découvrent aujourd’hui que les États savent être patients, mais qu’ils n’oublient jamais. Au fond, cette séquence révèle une vérité essentielle, lorsqu’elle agit avec sang-froid, maîtrise et constance, l’Algérie impose le respect. Non par le vacarme, mais par la permanence de son État, la solidité de ses institutions et sa capacité à faire converger ses intérêts avec ceux des grandes puissances régionales. Entre Alger et Paris, une page nouvelle semble s’écrire, moins émotionnelle, plus stratégique, moins théâtrale mais plus réaliste.

La question qui demeure suggère une réponse de circonstances, au risque d’être pointées du doigt, des pays comme le Maroc vont-ils s’encombrer du poids de ces renégats sans risquer une mise à l’écart sans concessions ? La réponse ne devrait pas tarder….Et dans cette recomposition silencieuse, certains exilés politiques pourraient bientôt comprendre que l’Histoire avance plus vite que leurs illusions.

N.K

 

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