Éditorial

8 Mai 1945 : Quand la Liberté des Uns Devient le Silence des Autres

Le 8 mai demeure une date chargée de mémoire et de contradictions. Tandis qu’une partie du monde célébrait la victoire contre le nazisme, la liberté et la démocratie, l’Algérie, elle, entrait dans l’une des pages les plus sombres de son histoire. Ce jour-là, à Sétif, Kherrata et Guelma, des milliers d’Algériens furent massacrés par l’armée coloniale française. Près de 45 000 victimes tombèrent sous les balles, victimes d’une répression d’une violence inouïe. Une manifestation pacifique réclamant dignité et liberté se transforma en tragédie nationale. Ironie douloureuse de l’Histoire : au moment même où l’Europe se libérait du joug nazi, un autre peuple se voyait refuser le droit fondamental à la liberté sur sa propre terre. Comment peut-on combattre l’oppression et, dans le même temps, imposer cette même oppression à d’autres peuples ? Comment défendre les valeurs de justice et de souveraineté tout en niant celles des Algériens ? Après avoir combattu aux côtés des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, les Algériens espéraient voir appliquer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils réclamaient reconnaissance, justice et égalité. Mais la France coloniale répondit par la force, étouffant dans le sang les premiers élans d’émancipation d’un peuple en quête de liberté. Les décennies ont passé. Des gestes d’apaisement ont été entrepris, mais le chemin vers une véritable réconciliation reste long. La ministre française déléguée aux Armées et aux anciens combattants, Alice Rufo, s’est rendue à Sétif, marque néanmoins une étape symbolique : pour la seconde fois depuis l’indépendance, un représentant officiel du gouvernement français participe aux commémorations des massacres du 8 mai 1945. À Sétif, madame Alice Rufo rend hommage aux victimes et s’incline devant le mausolée de Saâl Bouzid, première victime de la répression.Présent dans la délégation, l’historien Benjamin Stora a rappelé que le 8 mai, célébré en Algérie comme la « Journée de la mémoire », demeure un symbole majeur du nationalisme algérien.Un geste fort, mais jugé insuffisant par beaucoup, pour preuve à ce jour la situation demeure toujours pareil, si non pire depuis la montée de l’extrême droite, la plus sont issus de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète.)Sous la présidence de François Hollande, certaines avancées ont vu le jour, sans toutefois refermer les blessures du passé. Puis Emmanuel Macron, en 2017, lors de sa visite à Alger pendant la campagne présidentielle, franchit un cap historique en qualifiant la colonisation de :

« Crime contre l’humanité »
« une vraie barbarie »

Des mots puissants qui provoquèrent une onde de choc en France. Face aux pressions et aux réactions hostiles, notamment d’anciens partisans de l’Algérie française, le discours se nuança rapidement, révélant une vérité persistante : la France peine encore à reconnaître pleinement les crimes de son passé colonial.Encore une fois dans un communiqué, l’Élysée a affirmé que la reconnaissance lucide de l’histoire devait contribuer à construire une relation de confiance tournée vers l’avenir. Pourtant, une phrase demeure gravée dans les mémoires :

« La France a installé les droits de l’homme en Algérie. Simplement, elle a oublié de les lire. »Entre mémoire, vérité et justice, l’Histoire continue d’interpeller les consciences. Car sans reconnaissance sincère du passé, aucune paix durable ne peut réellement s’installer.

 Hassina Hadj Sahraoui

 

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