Société

À Oyonnax, une association franco-algérienne fait le pari du dialogue et de la mémoire

Fondée par Houria Bouakkaz et Mohamed Karkar, l’association sociale et culturelle franco-algérienne d’Oyonnax ne se contente pas de promouvoir un héritage culturel. Avec humilité et détermination, elle œuvre à créer des passerelles entre les générations, les mémoires et les sensibilités.

À une époque où les fractures identitaires, les mémoires blessées et les incompréhensions mutuelles semblent parfois éloigner les peuples, certains choisissent pourtant de construire plutôt que d’opposer. À Oyonnax, ville ouvrière façonnée par les histoires croisées de l’immigration et du travail, une initiative singulière tente aujourd’hui de redonner un visage humain à des mots devenus trop souvent abstraits : transmission, mémoire, culture, fraternité.À travers la musique, les actions mémorielles, les échanges humains et l’accompagnement administratif des habitants, cette association esquisse une autre vision du vivre-ensemble : une vision où l’identité ne devient pas un mur mais une rencontre, où la mémoire cesse d’être un poids pour devenir une transmission, et où la culture redevient un langage universel capable de rapprocher les êtres.Dans cet entretien accordé à Salama, les fondateurs reviennent sur la naissance de leur initiative, ses ambitions, les résistances parfois rencontrées, mais surtout sur une conviction profonde : mieux se connaître demeure l’une des plus belles façons d’apprendre à vivre ensemble.

M. Kharkar Mohamed Vice Président et Un adherant

SALAMA : Qu’est-ce qui vous a motivés à créer cette association culturelle franco-algérienne à Oyonnax ?

Houria Bouakaz : L’idée est née lors de la commémoration du 17 octobre 1961, organisée pour la première fois à Oyonnax en 2025 à l’initiative d’un collectif d’habitants. Nous avons constaté un manque d’espaces dédiés à la valorisation de l’histoire et de la culture algériennes, mais aussi au dialogue entre les habitants.Dans une ville ouvrière marquée par l’immigration algérienne, il nous a semblé essentiel de créer un cadre favorisant les échanges, le partage et le vivre-ensemble.

SALAMA : Quels sont aujourd’hui les principaux objectifs de votre association ?

HB : Notre objectif est de faire découvrir la richesse de la culture algérienne tout en créant du dialogue entre les habitants. Nous accordons également une place importante au travail de mémoire, à travers des actions commémoratives liées à l’histoire partagée entre la France et l’Algérie.Il s’agit de mieux comprendre ce passé commun, parfois sensible, afin de dépasser les préjugés et les incompréhensions. Nous souhaitons aussi encourager l’inclusion des Franco-Algériens à travers des actions socio-éducatives.

SALAMA : Quelles activités mettez-vous en place pour promouvoir la culture algérienne et:comment sensibilisez-vous le public local aux richesses et aux valeurs de l’Algérie ?

HB : Notre association est encore récente ; nos moyens restent modestes et nos projets se construisent progressivement. Nous avons néanmoins déjà lancé plusieurs initiatives.La mise en valeur du Chaâbi sur notre page Facebook a notamment suscité un réel engouement. Nous collaborons actuellement avec une association locale en vue d’une participation à un prochain festival consacré à cet art musical.D’autres projets sont également en préparation autour des arts culinaires et du cinéma.Nous privilégions des événements conviviaux et ouverts à tous. L’idée est de faire découvrir la culture algérienne à travers des expériences concrètes : musique, littérature, gastronomie ou encore échanges culturels.

Nous souhaitons avant tout favoriser les rencontres directes entre les personnes, dans une démarche de partage et de co-construction.

SALAMA : Pouvez-vous nous expliquer votre collaboration avec le consulat d’Algérie à Lyon ?

HB : Nous avons été sollicités par plusieurs ressortissants rencontrant des difficultés dans leurs démarches consulaires, notamment en raison de l’éloignement et des contraintes liées aux déplacements vers Lyon.Nous avons donc pris contact avec le consulat d’Algérie à Lyon, qui a accueilli notre démarche avec beaucoup de bienveillance et de compréhension. Grâce à cette collaboration, nous avons été mandatés pour organiser des permanences consulaires à Oyonnax.Ces permanences permettent de collecter les dossiers liés à l’état civil — 12S, passeports, cartes d’identité ou cartes consulaires — puis d’organiser la venue d’une délégation consulaire afin de finaliser les démarches sur place (prises d’empreintes, photographies, validation des dossiers).Les documents finalisés sont ensuite remis directement aux habitants à Oyonnax.Nous tenons également à souligner la confiance accordée par le consulat ainsi que le soutien de la municipalité d’Oyonnax, qui met des locaux à notre disposition.

SALAMA : En quoi cette coopération facilite-t-elle les démarches administratives des habitants,a quel public s’adressent vos actions ?

HB : Cette organisation évite aux habitants de devoir se déplacer jusqu’à Lyon. L’association collecte les dossiers, les transmet au consulat puis remet les documents une fois finalisés.Cela permet un gain de temps important, une réduction des coûts liés aux déplacements et une simplification des démarches, notamment pour les personnes les plus vulnérables.Nos actions sont ouvertes à toutes et à tous. Même si la communauté franco-algérienne est naturellement plus concernée, notre volonté est de toucher l’ensemble des habitants et de favoriser les rencontres entre différents publics et différentes générations.

SALAMA : Quel impact observez-vous depuis la création de l’association à Oyonnax ?

HB : Nous constatons un intérêt grandissant et une participation en constante progression, ce qui montre que l’association répond à un réel besoin local.De plus en plus d’habitants souhaitent s’impliquer, proposer des idées et participer aux projets que nous espérons développer selon nos moyens.Comme toute initiative nouvelle, nous percevons également certaines résistances, parfois liées à des habitudes ancrées, à des représentations ou simplement à une méconnaissance de notre démarche. Cela fait partie du processus et renforce notre volonté de poursuivre un travail ouvert, patient et accessible à tous.

SALAMA : Quels sont vos projets et ambitions pour les années à venir ,quel message souhaitez-vous transmettre à travers votre engagement culturel ??

HB : Nous souhaitons développer davantage de partenariats avec les acteurs locaux et organiser de nouveaux événements culturels et éducatifs.Nous envisageons également des échanges entre la France et l’Algérie, à travers des voyages, des rencontres culturelles ou des participations à des salons et manifestations artistiques.Nous sommes convaincus qu’apprendre à se connaître permet de mieux vivre ensemble.À travers notre engagement, nous souhaitons dépasser les préjugés, encourager le dialogue et valoriser les cultures, les parcours et les mémoires de chacun.

Association sociale et culturelle franco-algérienne d’Oyonnax  

Fondateurs : Houria Bouakkaz, Présidente Mohamed Karkar, Vice-président Saîda Bouakkaz, Secrétaire générale 

 

 

 

 

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