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“Le leurre du cessez-le-feu : quand la paix devient une arme”

Chaque fois qu’un « cessez-le-feu » est proclamé, l’histoire semble se répéter, implacable. Les discours parlent d’« accalmie », de « pas vers la paix », d’« humanité retrouvée ». Mais derrière les mots polis de la diplomatie, la réalité, elle, continue de saigner. Gaza reste sous le feu, la Cisjordanie étouffe, et la paix, encore une fois, sert d’alibi à la guerre.
Le cessez-le-feu n’est plus un outil de paix : il est devenu un instrument de stratégie. Une manœuvre calculée, où chaque pause militaire s’accompagne d’un gain politique, d’un repositionnement territorial, d’une consolidation du contrôle. Sous couvert d’humanité, on prépare les étapes suivantes d’un affrontement qui n’a jamais cessé.Ces trêves fragiles sont présentées comme des gestes d’apaisement. En réalité, elles servent souvent à acheter du temps : pour libérer quelques otages, calmer la pression internationale, reconstituer les forces, ou redorer une image ternie par des semaines de bombardements. Ce sont des pauses techniques dans une guerre permanente — des respirations tactiques dans une logique d’étranglement.Les gouvernements occidentaux applaudissent ces « efforts de modération » sans jamais interroger leur prix. On salue la « retenue » d’un État qui bombarde, on invoque la « sécurité » pour justifier la punition collective, on parle de « désescalade » là où il n’y a que gestion du rapport de force. Derrière le langage feutré des chancelleries se cache une réalité brutale : la paix n’est pas recherchée, elle est administrée. Elle devient un outil de contrôle, un mot d’ordre qui légitime la domination.Le véritable enjeu de ces cessez-le-feu n’est pas la paix, mais la recomposition du pouvoir. À court terme, ils permettent de stabiliser les lignes, de réorganiser les troupes, d’imposer des conditions de reddition déguisées en compromis. À moyen terme, ils redéfinissent la gouvernance du territoire : qui contrôle, qui administre, qui survit. Et à long terme, ils servent à effacer peu à peu les frontières d’un peuple déjà exilé sur sa propre terre.Ce mécanisme est connu, presque routinier. On fait taire les bombes pour mieux faire parler les bulldozers. On fait mine de reconstruire pour mieux planifier la prochaine démolition. Chaque cessez-le-feu ressemble à une page tournée sans jamais refermer le livre : un récit interrompu dont on connaît déjà la suite.Pourtant, certains continuent d’y croire, par épuisement, par instinct de survie, ou par fidélité à un espoir miné depuis des décennies. Mais le réalisme impose une question brutale : peut-il y avoir paix quand la paix elle-même devient un instrument de guerre ?Il est temps de rompre avec la complaisance diplomatique. D’appeler les choses par leur nom. D’exiger que le mot « cessez-le-feu » ne serve plus de paravent à la domination, ni de blanc-seing à ceux qui confondent sécurité et soumission.Car sans justice, il n’y a pas de paix — seulement une accalmie entre deux bombardements. Et tant que la communauté internationale se contentera d’applaudir des silences imposés, elle participera à ce leurre tragique : celui d’une paix administrée au profit des plus forts, sur les ruines des sans-voix.
N. K

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