Qu’est ce qui fait courir Filiu ?

Qu’est ce qui fait courir Filiu ?

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L’ancien diplomate socialiste s’était fait connaître par des essais sur le terrorisme. Il avait fait des fixations sur la Syrie et s’était battu, avec les soeurs Kodmani et Agnès Levallois, pour pousser Hollande et Fabius à voler militairement au secours de Djabhat Nosra. Avec le résultat que l’on sait.

Quand il faisait partie du cabinet de Jospin à Matignon, il a convaincu le premier ministre de dénoncer la torture pratiquée en Algérie par des socialistes. Croyant que cela allait rapporter les voix de la gauche morale, Jospin a choisi de prononcer cette condamnation solennelle, 4 décennies après le cessez-le-feu en Algérie, au dîner du…CRIF. Étant aussi disponible en période de cohabitation, cet aussi machiavélique que Mitterrand en pareilles circonstances, Chirac a réagi à cet usage électorale de la mémoire coloniale en favorisant la publication du livre du général Aussaresses.L’ancien commandant O. revelait que l’exécution de Ben M’hidi s’est faite après l’obtention via le juge Berard du feu vert du Garde des Sceaux de Guy Mollet, un certain François Mitterrand. La polémique sur la torture a tourné au procès du Mitterrand colonial. Et Jean Pierre  Filiu est devenu, aux yeux de ses camarades socialistes, celui qui a mis Jospin dans la position de l’arroseur arrosé. Certains des « amis », et néanmoins camarades de J.P Filiu vont jusqu’ à lui imputer une part de responsabilité dans la débâcle du 21 avril 2002, et la mort politique de son mentor. Le jeune conseiller à pu se faire nommer a l’ambassade de Tunis. Avec l’aide de La Messuziere, il a tenté d’expliquer que la face cachée du suppose « miracle tunisien », auquel croyaient des socialistes de Solférino, et du « siège »(Quai d’Orsay). Puis, pour des raisons mal élucidées, le jeune et enthousiaste diplomate a été renvoyé à ses chères études. Il quitta l’administration avec le regret de n’avoir pas convaincu de la nécessité d’une vraie politique arabe. Il reconnaît que ses plaidoyers pro-palestiniens ont buté surd’une surdité générale, surtout chez les néo-socialistes. Filiu s’est recyclé dans la publication d’essais plus journalistiques que sociologiques consacrés aux radicalismes islamistes et, surtout, va leurs sous-courants terroristes. Son passé dans la diplomatie lui permettait l’accès aux sources fermées du Quai d’Orsay et d’autres services spécialisés qui ne consentent ces passe-droits qu’à ceux qui savent renvoyer l’ascenseur. Filiu à le mérite d’avoir mis fin au monopole exercé dans ce domaine par quelques islamo-politistes, dont un lui voue une haine tenace. Mais, comme cet ancien interlocuteur quasi-unique des administrations sécuritaires, Filiu a essayé de devenir une coqueluche des médias. Mais les invitations sur les plateaux de télé sont devenues rarissimes en raison de la lassitude provoquée par les répétitions des mêmes lieux communs, et de l’erreur d’appréciation sur la Syrie. Les journalistes, au début fascinés par tant d’omniscience finirent par découvrir que la précision et la finesse d’analyse de cet invité loquace sont étroitement liées aux contenus des documents confidentiels auxquels il continuait à accéder. Mais il lui reste France 24 et TV5, dont la dépendance du Quai d’Orsay sont notoires. Ce sont ces deux chaînes qui viennent d’assurer une publicité au dernier livre que Filiu a choisi de consacrer à l’élection présidentielle algérienne du 12 décembre. Le tout nouvel algérologue condamne à l’avance cette élection, en prévoyant un taux de participation infinitésimal et en redoutant des heurts que souhaitaient ses « informateurs indigènes », choisis, place de la République, parmi les radicaux du Hirak qui menaçaient d’empêcher les électeurs d’accéder aux bureaux de vote. Le livre de ce spécialiste occasionnel de l’Algérie est surtout un violent réquisitoire contre le chef d’État major algérien Gaid Salah. Il y a un mois, dans un article du Monde, Filiu avait donné un avant goût de don « érudition » sur l’Algerie. En voulant expliquer que Gaid Salah n’exerçait pas le pouvoir tout seul, notre auteur à cru lui avoir trouvé un acolyte, en la personne du général-major Ali Benali. Et cet algérologue d’un jour d’expliquer que l’alliance indéfectible, et quasi-éternelle, entre les deux généraux-majors remonterait aux sept mois de stage passés ensemble dans une académie militaire soviétique. Pour tirer une conclusion aussi ahurissante, Filiu à du se contenter d’une fiche datant de Couve de Murville, quand la DGSE s’appelait encore le SDECE. Car chacun sait que dans le bras de fer opposant Gaid Salah à la Issaba, le Général Ben Ali  de la garde présidentielle  de Zeralda était resté l’allié de Said Bouteflika, jusqu’au soir de l’arrestation de la « Bande », quand le commandant de la Garde présidentielle décida in extremis de voler au secours de la victoire. Le livre, qui fourmille d’impressions, voire d’inexactitudes de ce genre, reflète les grands retards des études et recherches françaises sur l’Algérie. Ces retards résultent des échecs des tentatives du regretté Rémy Leveau (qui usait des « sources fermées » plus subtilement) d’ouvrir a Alger un Centre d’Études, comme l’IRMC de Tunis, et le Centre Jacques Berque de Rabat. L’IFRI et le Centre d’Analyse et de Prévision du Quai n’ont pas pu rattraper le retard sur ce pays jugé « complexe » par ceux qui s’y sont déportés et jettent l’éponge dès que leurs premières prévisions sont rendues obsolètes par de cinglante démentis. Le livre de Filiu à au moins le mérite de rappeler les déboires que sont condamnés à vivre tous ceux qui s’avisent d’écrire sur l’Algérie quand ils n’ont plus rien d’intéressants à dire aux journalistes sur leurs premiers sujets de prédilection. Filiu a eu un autre résultat inattendu, au moins par lui: comme Gluksmann, il a contribué à l’augmentation sensible du taux de participation a l’élection du 12 décembre. Car de l’autre côté de la Méditerranée, on trouve toujours suspect l’ intérêt soudain pour l’Algérie chez des gens qui là,situaient à peine sur la carte. Et on a tendance à faire le contraire  de ce qui est suggéré explicitement, ou de façon subliminale, sur France 24, TV5 et même la Magharibia depuis l’ébruitement de ses financements par Rabrab en échange de la promotion de crypto-toufikistes en provenance du berberiste radical. 

Enfin, Filiu, qui n’est pas un adepte de l’art pour l’art, pourrait avoir cherché à mettre noir sur blanc les chicayas anti-Gaid Salah captées dans les couloirs du Quai. Les plus durs de ces reproches ont été importes de la rue Saint Dominique par Le Drian, en souvenir du refus par Gaid Salah d’autoriser une base militaire française à Tamanrasset, malgré l’acceptation par Toufik et Bouteflika d’arrimer l’Algérie à la Francafrique. Gaid Salah a aggravé son cas quand il n’a pas jugé utile de signer les juteux contrats d’armement proposés  du temps ou Fabius et Le Drian rêvaient de voir l’Armée algérienne emboiter le pas aux armées proche-orientales. 

En essayiste engagé Filiu  a quelques chances d’établir des relations privilégiées avec les jeunes énarques du Quai. Mais le lecteur demandeur d’impartialité sur l’Algérie est voué à attendre… « L’essayiste socialiste pourrait  être autrement  plus utile au « grand public éclairé  » quand il aura le courage d’étudier   les bilans  mitigés des interventions françaises en Afrique décidées quand les ministres socialistes croyaient redresser l’économie par des expéditions militaires. Si la rue Saint Dominique lui ouvre  quelques dossiers, la Françafrique lui réussirait  beaucoup mieux que la Françalgérie visiblement  plus « compliquée » pour lui que l’orient  où il a multiplié les erreurs d’appréciations « 

Le mercredi. 9 oct. 2019 à 13:18, sadek sellam a écrit :

Les associations habituellement confrontées aux problèmes des « 3I »(Immigration, Intégration, Islam) s’intéressent de plus en plus à la mémoire coloniale. C’est ainsi que la célébration de « l’autre 8 mai », commémorant les massacres de Setif, Guelma et Kherrata de mai-juin 1945 est faite régulièrement, surtout depuis la découverte, aux archives de la Présidence de la République, d’un document évaluant à au moins 30000 le nombre de victimes de cette répression jugée « inexcusable » par le président Chirac. 

Pour avoir été commise au coeur de Paris, à quelques semaines du cessez-le-feu, la tuerie du 17 octobre 1961, qui a fait près de 300 morts, a marqué au fer rouge la mémoire des immigrés et de leurs descendants. La mairie de Grigny invite Sadek Sellam à évoquer la mémoire de cette tuerie ordonnée par le préfet de police Maurice Papon. Le conférencier situera cette tragédie dans carlingue liste des crimes d’État, du temps de la colonisation, qui allaient de pair avec les dénis officiels.

A.B / Chercheur en sciences politique

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