Notturno : L’autre visage de la guerre

Notturno : L’autre visage de la guerre

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C’est un immense documentaire que vient nous délivrer Gianfranco Rosi sur les ravages de la guerre civiles en Syrie et en Irak.

Après son sublime Fuocoammare sur Lampedusa, dont la vision devrait être rendu obligatoire à l’ensemble des journalistes des chaînes d’info, Gianfranco Rosi nous revient avec ce non moins époustouflant documentaire, fruit d’un tournage de 3 ans dans un Moyen-Orient en guerre.

Tourné entre la Syrie, l’Irak et le Liban, Notturno suit les destins de diverses personnes n’ayant principalement comme seul point commun que d’avoir vu leurs vies bouleversées voir brisées par la guerre civile,  qu’ils soient chasseurs,  soldates peshmergas, enfants yezidis rescapés de Daesh ou encore patients d’un asile montant une pièce de théâtre.

Le style du film est clairement monstratif. Aucune interview, pas même de narration ou même d’explication quant au tenants et aboutissements du conflit en cours. Seul un carton au début évoque le démembrement de l’Empire Ottoman par les accords Sikes-Picot il y a cent ans comme principal élément déclencheur de décennies de chaos, signe de plus de la volonté de Rosi de décontextualiser son film optant pour l’abstraction plus que la démonstration.

D’une grande inventivité formelle, le film fait la part belle au contemplatif. Les plans sont souvent longs et généraux. Certains évoquent clairement des tableaux de la Renaissance (surtout flamande) et possède une charge symbolique énorme. Difficile de ne pas penser au Styx à la vue de cette barque glissant sur un lac, les puits de pétrole en feu en arrière-plan. Difficile de ne pas voir la vanité humaine dans ce véhicule militaire minuscule filmé dans une nature indifférente. Sans parler de la puissante charge poétique que constitue cette scène d’un musicien chantant dans une ruelle déserte la nuit ou ce cheval blanc déambulant au milieu de la circulation.

On pourrait justement reprocher à Rosi d’avoir cherché à esthétiser le chaos. On aurait tort pourtant de penser que ce travail sur la composition des plans serait gratuit. Après tout, le fait de trancher par des plans fixes et travaillés avec la quantité abondante des images dites “prises sur le vif” nous provenant de cette région du monde, permet d’y apposer un regard nouveau.

Il convient surtout de rappeler qu’indépendamment de la beauté des plans, le cinéma de Rosi est un cinéma à hauteur d’homme. Le principal objectif de Notturno est de filmer la vie quotidienne en temps de guerre civile. L’accent est mis sur la souffrance des populations au milieu de la folie guerrière. L’ouverture du film ne dit pas autre chose : un entrainement militaire cadencé, étiré jusqu’à l’absurde auquel répond une procession de femmes pleurant la mort du fils de l’une d’elles.

Certaines scènes livrent un témoignage rare et précieux retranscrivant mieux les atrocités du conflit que tout ce que d’éventuels futurs film de fiction ne pourront jamais inventer. C’est le cas notamment de cette série de messages à sa mère d’une femme enlevés par Daesh où encore cette galerie de dessins d’enfants yezidis sur des scènes de tortures et d’exécution, quintessence abstraite de toute l’horreur vécue.  

De fait, joignant la petite histoire à la grande, la maestria formelle à la profondeur de l’intime, Notturno demeurera sans nul doute un témoignage précieux de notre époque.

David Olivesi

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