Les Nuits Med 2022 : La Méditerranée fait son cinéma

Les Nuits Med 2022 : La Méditerranée fait son cinéma

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Photo de Martin Baixe

La 15e édition des Nuits Med s’est tenue en Corse à Bastia du 20 au 25 juin dernier , forte d’une grande richesse de proposition cinématographique. C’est sous l’emblème d’une voluptueuse méduse qui trône sur son affiche que la vitrine du court-métrage méditerranéen a posé ses bagages dans la région de Bastia, naviguant entre le Cors’Hotel et les cinémas le Studio, le Régent et U Paradisu.

Le festival a proposé une sélection de 86 courts-métrages venus des 4 coins des rives de la Méditerranée, de la France au Liban, en passant par la Grèce, la Tunisie et, bien sûr, la Corse. « Cette année le festival a pris une bonne configuration et, je pense, est arrivé à maturité de par son articulation, sa gestation et sa programmation – nous dit Alix Ferraris l’infatigable directeur du festival – On est arrivé à proposer 2 compétitions de courts-métrages dont une nouvelle dédiée aux premiers films, ensuite, 2 résidences d’écriture dont une est dédiée au rapprochement des 2 rives de la Méditerranée avec nos partenaires tunisiens »

Un thème était à l’honneur cette année : celui de la musique électronique. C’est ainsi que le 21 juin, à l’occasion de la fête de la musique, les festivaliers ont pu découvrir au Cors’Hotel, Romanetti le roi du maquis, film muet de Gennaro Dini (1924), dans un ciné-concert hypnotique orchestré par le musicien Orso. « Il était très intéressant de pouvoir se retrouver dans cet univers entre patrimoine et musique actuelle -dit Alix Ferraris- J’ai trouvé la confrontation et le raccord très bien orchestré ».

Pour être tout à fait exact, c’est dès le premier juin que les festivités ont réellement commencé avec l’ouverture de la 3e compétition Jeune Public. Les élèves des écoles primaires U Rustincu et U Principellu ont ainsi pu découvrir pas moins de 26 court-métrages d’animation au cours des 3 semaines qui ont suivis. Et c’est un jury de 250 enfants de 6 à 10 ans, présidé par l’intervenante Florence Franceschi, qui a donné les 2 prix du meilleur court-métrage à Cocorica de Claire Auvin et Kesia Caprice-Luciena et à La pêche miraculeuse de Fabrice Luang-Vija, tandis que Una Volta obtenait le prix du meilleur programme.

32 courts-métrages furent en compétition cette année. Jean-Pierre Mattei président du Jury Med et ancien directeur de la Cinémathèque de Corse, qui fut par ailleurs invité à donner une masterclass à l’occasion du festival nous raconte : « J’ai été un peu surpris par les films méditerranéens non-européens […] Entre une mère qui commet un infanticide, la mort de jeunes en série, des faits divers de gens mal dans leur peau, du machisme… On sent des sociétés en difficulté. »

C’est finalement L’Ultimo spegne la luce de l’italien Tommaso Santambrogio qui reçut le Grand Prix Nuit Med.  « En 20 minutes sur un sujet classique d’un couple qui se dispute […] et une idée intéressante d’une clé qui ne remplit pas sa fonction, le réalisateur nous donne une leçon de cinéma, de jeu d’acteur et concision ». Le prix du cinéma parisien le Grand Action a été remis quant à lui à la chypriote Alexandra Matheou pour A Summer Place « Il y avait plusieurs thèmes qui se bousculaient : entre les migrants, la richesse des oligarques et le mal de vivre qui touche beaucoup de monde, tout cela était bien concis et bien présenté ». L’actrice Charlotte de Casanova a reçu pour sa part le prix d’interprétation pour son rôle dans Arrabacciu d’Alexandre Oppecini, tandis qu’une mention spéciale fut remise à Maxime Hermet pour L’amie de l’été. « C’était un joli film sur l’éveil à l’amour, l’adolescence, l’été, les rapports ambigus que peuvent avoir les jeunes à l’éveil des sens. Tout ça au bord de la mer, c’était sympathique et bien tourné ». 

2 films se partagent les prix du jury presse présidé par Dominique Landron : To Vancouver d’Artemis d’Anastasiadou pour le prix RCFM et Ça va s’arranger d’Antoine Ogier pour le prix de la critique.

Concernant le Palmares Premier Film, 3 courts-métrages furent mis à l’honneur. Haut les cœurs d’Adrian Moyse Dullin reçoivent le grand prix du jury présidé par Cédric Apietto, tandis que Manon Kneusé pour Grande vitesse se voit gratifiée d’une mention spéciale. Quant au jury des Talent en Court, présidé par Valécien Bonnot-Gallucci, c’est au film corse In Festa qu’il fut attribué. « C’était vraiment inattendu -nous dit sa réalisatrice, Hellène Giudicelli – J’avais écrit la première version de ce court-métrage durant le premier confinement […] Le film se déroule dans les années 90. C’est la période durant laquelle j’ai grandi en Corse. Je suis quelqu’un de nature un peu inquiète. J’avais envie de me plonger dans cette période pour tenter de comprendre pourquoi à ce moment j’étais quelqu’un qui angoissait facilement. Je trouvais qu’il y avait une certaine violence qui planait mais sans vraiment la comprendre. Je me suis donc plongé dans la Corse des années 90, j’ai étudié le nationalisme, les guerres fratricides entre les deux FLNC. L’idée d’In Festa m’est venue. Mais ce n’est pas un film qui traite du nationalisme corse. C’est quand même avant tout une histoire d’amitié et d’amour ». Une mention spéciale a aussi été décernée à Titan du belge Valéry Carnoy

En plus des films en compétitions, le public a pu aussi découvrir, via la carte blanche au Festival Italien de Bastia, une nouvelle fournée de courts-métrages venus de la péninsule, tandis que la Collection Talents Adami a pu diffuser 4 courts, dernièrement projetés à Cannes, en co-production avec France Télévision.

Outre des projections, le festival accueillait également l’habituelle résidence d’écriture de Med in Scénario. Sous les conseils de la supervision de la réalisatrice Lidia Terki et de l’actrice Giorgia Sinicorni, 5 auteurs ont pu retravailler et perfectionner leurs scénarios de courts-métrages, dans l’optique d’un premier prix à la production doté d’un préachat France Télévisions pour l’émission Histoires Courtes sur France 2.

« C’est vraiment un retravail sur l’intention, le scénario et la façon dont on en parle -rapporte Lidia Terki- On parle surtout du film qui sera rendu […] Pour moi le scénario n’est pas un écrit qui dure. C’est censé être un film, donc de l’image, donc un langage. Je tiens à ce que ce soit le cinéaste qu’on voit et non pas le scénariste. C’est hyper-important pour moi que, déjà, la visualisation du film soit cohérente avec l’histoire. C’est ce que j’essaie de faire dans les pitchs. Ce que je demande aux auteurs-réalisateurs c’est d’avoir à la fois l’image et le son. Pas forcément de raconter l’histoire en 3 ou 5 minutes, mais d’essayer de tout mélanger pour qu’on puisse avoir une idée plus précise du film qui va se tourner ». Cette année, le prix fut remporté par Michè d’Onofrio pour son projet Morra Murrina ! (Jeu de mains…), un récit d’initiation sur fond de tournoi de l’antique jeu de Morra.

« C’était vraiment une très bonne expérience – nous as rapporté le vainqueur- Les 2 premiers jours, ça a été compliqué, parce qu’on lance toutes les idées, on éclate un peu tout ce qu’on a dans la tête, mais ça permet de recentrer, de savoir précisément ce qu’on veut raconter, quel est notre histoire, qui sont nos personnages […] Ça a permis d’avancer sur nos projets et c’était vraiment enrichissant. »

Une autre résidence à fait ses débuts à l’occasion de ce festival : la résidence entre 2 Rives, crée par KVA diffusion avec le concours de la COOPMED, l’Institut Français de Tunisie, le centre culturel l’Agora à La Marsa et France 3 Corse ViaStella. 5 lauréats venus de Corse et de Tunisie ont ainsi pu réviser leurs projets respectifs de courts-métrages avant d’en présenter le pitch face à un jury en vue d’une poursuite de la résidence en Tunisie en octobre prochain à l’issue de laquelle sera remis un prix à la production avec France 3 Corse Via Stella, une sélection d’un lauréat par Musical RMCC pour une résidence de composition pour l’image en Corse et un accompagnement de la plateforme de VOD Allindi.  Adrien Bretet, producteur et conseiller à l’écriture pour la résidence raconte : « Cette première fournée était riche, c’étaient des gens qui étaient différents, qui avaient des projets, des propositions de cinéma authentiques et personnelles. Le jury a eu beaucoup de mal à départager les gagnants […] Ça a été un grand débat ».

Festival itinérant, Les Nuits Meds ne sont pas encore finies. Evènements et projections vont se poursuivre durant tout l’été en Corse et au-delà. Après une projection le 8 juillet au cinéma Ellipse d’Ajaccio, le festival participera ensuite aux Rencontres Musicales de Calenzana le 21 août, puis franchira la mer pour une projection au Cinéma de la Lune à Carqueiranne le 24 août, avant de finir sa route à Paris, au cinéma Le Grand Action le 28 et 29 septembre. Mais déjà, se pointe l’organisation de la saison prochaine : « On ne peut pas faire plus– dit Alix Ferraris – si ce n’est d’accueillir peut-être, une résidence complémentaire, celle de l’Adami. L’objectif aussi serait de […] passer la résidence Med in scénario à 2 semaines […] Et sinon garder la même configuration et évoluer dans le cadre de notre public ».

David Olivesi

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