Le tour de la Méditerranée en six films

Le tour de la Méditerranée en six films

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Remise de prix à Lecci. Crédit photo: Syrine Gouni.JPG

Le festival itinérant corse du court-métrage prouve cette année encore que le septième art endure mais perdure, avec un palmarès impressionnant de six films tous aussi différents qu’ils sont engagés.

La 14e édition des Nuits Méditerranéennes attribue avec son mot d’ordre « L’insularité, aujourd’hui et demain » un caractère providentiel à l’isolement que beaucoup ont dû découvrir cette année. Pour la Corse, la séparation est un fait inéluctable de sa situation et de sa nature : esseulé en mer, elle apparaît échouée sur les cartographies de la France métropolitaine ; hérissée de montagnes, chaque déplacement au travers et au pourtour constituent de petites épopées. Mais c’est dans son insularité que la population de l’Île de Beauté trouve sa force : non pas en s’ostracisant du reste du monde, mais en s’unissant à ses abords.

Alix Ferraris, directeur des Nuits Med & le jury Talents. Crédit photo: Syrine Gouni

Alix Ferraris, avec son association diffusion KVA et son festival porte-drapeau Les Nuits Méditerranéenne, personnifie de bien des façons cet état d’esprit. Le court métrage, qu’il révèle au public, est la clef qui permet de déchiffrer l’aspiration de son entreprise : sans ambitions lucratives, ces petits films de moins de quarante minutes trouvent très rarement leur place en salle, ci ce n’est lors de festivals spécialisés. On pourrait se demander alors, quel intérêt a-t-on à exhiber ces oeuvres dont la durée de vie ne dépasse pas celle des événements qui les hébergent ? Très peu, vraiment, si l’on fait fi de la valeur inestimable du potentiel d’innombrables cinéastes en puissance – en herbe, isolés ou mal accompagnés, talents inexploités dissimulés derrière la complexité d’aborder une professionatypique. Le génie disparu sans laisser de trace existe partout où il se trouve dépourvu de parole, et les histoires intimes et individuelles se perdent dès lors qu’elles ne sont pas partagées. L’intérêt du court métrage est donc là : il s’agit pour lui d’exister. En itinérance, et soutenu infailliblement par la Collectivité de Corse, le festival des Nuits Med entreprend chaque année de soutenir les réalisations méditerranéennes, les salles indépendantes et les cinéastes émergeants des deux rives de la Mare Nostrum. Car si la Corse a bien identifié une chose, c’est la puissance dans l’union des potentiels isolés.

Palmarès de la compétition méditerranéenne de court métrage

C’est ainsi donc que le cinéma français, égyptien, tunisien, italien et israélien se côtoient désormais au palmarès de la compétition méditerranéenne 2021 du festival des Nuits Med. Sortis d’une sélection de trente-six films courts, représentants dix nationalités et un cinéma où thématiques engagées et récits vérités dominent, ce ne sont pas moins de six réalisations qui ont été primé au complexe Galaxy à Lecci, en présence du cinéaste libanais Wissam Charaf. « On a fait le tour de la Méditerranée en trente-six films, » résume la réalisatrice et jury Angélique Muller (Johnny Johnny) lors d’une interview avec Salama (ci-dessous). À ses côtés, l’actrice italienne Giorgia Sinicorni (Missions), également membre du jury « pro », a souligné la qualité de l’ensemble de la sélection. Et dans l’esprit du festival, dont le désir affiché est de nourrir et de soutenir la créativité et l’audace, les Jury presse et Jury talent ont salué d’une mention deux films corses : Les champs Magnétiques de Romain Daudet-Jahan et Pour que rien ne change de Francescu Artily.

Interview de Angélique Muller et Giorgia Sinicorni. Crédit vidéo: Syrine Gouni

Le film israélien Œil Blanc de Tomer Shushan, déjà célébré au festival américain South By Southwest, s’est vu remettre le Grand prix par un jury présidé par Isabelle Gibbal-Hardy, directrice du cinéma parisien Le Grand Action. Ce récit qui fait un portrait renversé de l’injustice à coup de plans séquences s’accorde adroitement au Prix Grand Action, Partir en poussière de Gûrsoy Aydin Hüseyin, où le drame d’une famille d’immigrés turques évoque des thèmes similaires. La comédie italienne Come a Micono de Alessandro Porzio a pour sa part conquit avec un sujet qui surprend et s’est vu récompensée par le Jury talents, présidé par le jeune réalisateur Valécien Bonnot-Gallucci. Enfin, ce sont des courts métrages tunisien, français et égyptien qui ont formé le trio primé par un Jury presse sous la présidence de Dominique Landron, chroniqueur et critique cinéma sur France Bleu RCFM : Hors Jeu Flagrant de Sami Tlili, prix RCFM ; Jeûne d’Été de Abdenoure Ziane, prix COPEAM ; et le percutant What we don’t know about Mariam de Morad Mostafa, Prix de la critique.

La sélection des courts-métrages primés sera reprise en septembre prochain au cinéma Le Grand Action à Paris. Mais avant de conclure cette 14e édition en automne, c’est sous les étoiles de Carqueiranne, en Côte d’Azur, que le festival des Nuits Méditerranéennes poursuivra sa course, les 7 et 8 juillet.

Syrine Gouni

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