Le retour en Algérie des restes mortuaires de vingt-quatre résistants à...

Le retour en Algérie des restes mortuaires de vingt-quatre résistants à la conquête française

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La violence de la conquête militaire de l’Algérie par la France, s’est doublée de prétentions scientifiques niant à des êtres humains le droit d’être enterrés dignement. Ainsi, dans les années 1830-1850, des médecins souvent en lien avec la Société d’anthropologie de Paris, notamment des chirurgiens de l’Armée d’Afrique, ont collectionné des crânes de résistants à la colonisation, tués au combat ou assassinés de manière ignoble, menant diverses études plus ou moins sérieuses à leur sujet.

Plusieurs de ces crânes ont fini quelques années plus tard dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris, où l’historien algérien Ali Farid Belkadi les a retrouvés, il y a à peu près dix ans, empaquetés dans des cartons posés sur des étagères.

Quelque cent-soixante dix ans après leur appropriation malhonnête et inhumaine, à la suite de campagnes de pétitions et de multiples autres démarches, vingt-quatre de ces crânes ont pu être rapatriés le vendredi 3 juillet 2020, et être inhumés avec tous les honneurs qui leur étaient dus au cimetière des Martyrs à Alger. Pour leur accueil, l’Algérie ne s’est pas montrée avare en moyens : chorégraphie aérienne, salves de tirs de canons, roulements de tambours, hommages solennels des plus hautes autorités civiles et militaires, à commencer par le président Abdelmajid Tebboune. Toute une histoire douloureuse, non guérie, est ainsi remontée à la surface !

Parmi ces vingt-quatre résistants, des héros plus ou moins connus de l’opinion : le cheikh Bouziane, son conseiller el hadj Moussa al-Darkaoui, Si Mokhtar ben Kouider el-Titraoui,  le cherif Bouamara Boukadida, le cherif Boubaghla, son lieutenant Aïssa al-Hammadi ( dont le visage a été conservé momifié ). Mais aussi  des combattants ou des victimes presque anonymes, tels Saïd Merabet, Amar ben Slimane, Mohamed Ben Hadj ( de la tribu des Beni Menasser, âgé d’à peine 18 ans ), Belkacem ben Mohamed el-Djandi, Ali Khlifa ben Mohamed, Kaddour ben Yettou, Saïd ben Delhis ( des Beni Slimane de Médéa ), Saadi ben Saad ( des environs de Skikda ), el Habib Oueld ( d’Oran ).

Le nom du cheikh Bouziane est attaché à la révolte et, surtout, à la résistance que celui-ci a conduites en 1849, lors du siège du village-forteresse de l’oasis de Zaâtcha, près de Biskra, par les troupes françaises  du général Herbillon ( quatre mille hommes ! ). Le siège, ponctué de plusieurs combats, dura quatre mois. Il causa quelque trois mille morts, tant chez les soldats français que chez les résistants algériens. Il se termina par la chute de la forteresse et le massacre des prisonniers musulmans. Cheik Bouziane, tout comme son fils et comme Moussa el-Darkaoui, fut fusillé puis décapité.

Le cherif Boubaghla, quant à lui, a été, en 1851, l’initiateur d’une révolte populaire en Kabylie, dans la région du Djurdjura. Il parvint à entretenir un mouvement de résistance durant plus de trois années, donnant du fil à retordre aux Français. Il fut, notamment, l’allié de la grande résistante Lalla Fadma N’Soumer, avant d’être tué le 26 décembre 1854.

L’histoire de toutes ces révoltes et de leurs héros reste à écrire.

Christian Delorme

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