L’Authenticité de la Musique Andalouse

L’Authenticité de la Musique Andalouse

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Entretien réalisé par Maissane Nour

 « Nous avons l’obligation de transmettre le legs ancestral musical dans son authenticité »

L’interprète de musique andalouse algérienne, Beihdja Rahal vient de livrer son tout dernier album intitulé« La Nouba MezdjRaml el maya-Raml », produit par la maison de disques « Ostowana ». Dans cet entretien, elle nous parle avec fierté de son 28e album tout en ne manquant pas de révéler quelques concerts les plus attendus en 2023.7

SALAMA: Après deux années d’absence Covid 19, Beihdja Rahal a repris le chemin des studios pour enregistrer  aux éditions Ostowana un nouvel album intitulé «Nouba Mezdj Raml el Maya – Raml», riche d’une dizaine de titres. Donnez-nous plus de détails sur ce dernier né ?

Bahdja Rahal : Les deux années de Covid, étaient un arrêt imposé à l’échelle mondiale, pour tout le monde et dans tous les domaines, non pas uniquement dans la culture ou la musique. Nous avons repris timidement à la 2e moitié de l’année 2021. J’avais donné des concerts à Angers, en Ile de France et à Fameck pour le festival du film arabe, mais beaucoup d’autres, pendant toute l’année, en live en visioconférence. Nous avons repris la scène plus souvent au début 2022. Nous avons même fait l’Olympia en juin «One night in Algeria» qui était un grand succès. C’est là où j’ai décidé de reprendre les enregistrements en studio. Cet album, en partenariat avec YG Events, est un jumelage entre deux modes qui se fait suivant les recueils et références dans ce domaine. J’ai interprété un mceddar «Kayfayatibou», un btaihi «Kawani l’biâd», un derdj «Ladalichourbou l’âchiya», un premier insiraf «El hamamate», un deuxième insiraf «Min houbihad el ghazala», un khlass «Amchiyarassoul» et «Rabbi yamoujib». J’ai entamé le chant par un tchambar et «Yaqalbi khali l’hal».

SALAMA : Comme à chacun de vos projets artistiques, vous avez fait appel à des comparses, à des musiciens chevronnés en la matière ?

B.R : Effectivement, dans cet album, je suis accompagnée par de grands musiciens qui m’accompagnent depuis plus d’une vingtaine d’années, en l’occurrence, Nadji Hamma, Amine Belouni, Djamel Kebladj, AbdelhadiBoukoura, Mansour Brahimi, Rafik Sahbi, Sofiane Bouchafa, Khaled Ghazi et Farid Mokeddem. L’album est accompagné d’un livret comportant toute la poésie chantée en arabe et sa traduction en français, réalisée par Rassim Bekhechi. 

SALAMA : Découlant de la nouba Sanâa, ce 28 e album  de la série que vous avez entamé en 1995, se veut  d’une part un legs ancestral du patrimoine musical algérien et d’autre part rapprocher davantage le public à la nouba andalouse ?

B.R : Absolument ! J’ai enregistré deux tours de 12 noubas dans l’école d’Alger. J’ai maintenant entamé la série Mezdj répertoriée dans cette même école. Lorsque nous sommes dans la sauvegarde d’un legs ancestral, nous avons l’obligation de le transmettre dans son authenticité, surtout lorsque c’est une transmission orale. Depuis quelques années, j’ai choisi de me consacrer à la transmission et à la pédagogie en multipliant les enregistrements de noubas et les ateliers de musique. Mes maîtres m’ont transmis une bonne partie de ce riche patrimoine, à mon tour d’en faire profiter la jeune génération. C’est pour cette raison que j’ai créé mon association Rythmeharmonie à Paris en 2008. Mon souhait est que le public pénètre ce monde merveilleux de la nouba et de sa grande poésie par ces albums et par des concerts de qualité. Cet album est le 28e de la série, je peux dire que le public a un choix de plus en plus grand dans ce domaine.

SALAMA : Si Beihdja Rahal n’a jamais opté pour  l’introduction d’un instrument nouveau dans son orchestre, vous avez eu, cependant, l’occasion de faire des fusions avec des orchestres européens. Parlez-nous de ces  belles expériences enrichissantes ?

B.R : Je suis dans la sauvegarde du patrimoine, donc je garde l’authenticité en multipliant les concerts et master class dans un but pédagogique. Cela ne m’empêche pas de faire des fusions de temps en temps avec des orchestres européens. J’ai chanté la nouba accompagnée par un orchestre philarmonique du conservatoire de Rouen, d’Angers et d’Ile de France. J’ai chanté en duo avec un quatuor italien, avec des orchestres espagnols, avec des français… Ce sont de belles expériences et c’est dans le but de faire découvrir notre musique à un public et des musiciens qui ne la connaissent pas et bien sûr je découvre, moi aussi, des musiques du monde. Je ne dirais pas que c’est l’authenticité, ce sont juste des expériences. Par contre, lorsque je chante mon patrimoine ou que je l’enregistre, je reste sur les instruments traditionnels et les pièces du répertoire andalou.

SALAMA : Une tournée artistique promotionnelle en perspective en Algérie ?

Avec l’agence algérienne du rayonnement culturel, l’AARC, nous préparons une petite tournée en Algérie pour présenter ce dernier album au public et nous pensons organiser des ateliers au profit des jeunes qui souhaitent avoir plus de connaissances sur la nouba çanaa d’Alger.

B.R : Sinon quels sont vos  projets à court et à long terme ?

A court terme, le 21 janvier prochain, je serai à l’opéra de Lyon pour un duo avec Salim Fergani. Le 6 octobre dernier, j’étais accompagnée de l’orchestre Al-Kamandjati d’Angers dirigé par Ramzi Abuderwan, pour chanter des pièces choisies de notre répertoire andalou. Nous sommes programmés pour le même spectacle le 10 mars 2023 au théâtre de Nantes. Le deuxième projet avec Ramzi est de donner des master-class dans les écoles qu’il a créées en Palestine. Elles forment les enfants palestiniens à la musique classique. A long terme, mais c’est déjà parti, avec YG Events, mon partenaire, nous allons travailler dans l’évènementiel qui se matérialisera par la programmation de projets culturels en termes de développement artistique.

MN

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