La culture ne peut pas être confinée

La culture ne peut pas être confinée

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« Le chant d'Ahmed » de Foued Mansour. crédit photo: Manifest

Avant le confinement, une poignée de réalisateurs et acteurs, ainsi que le député Jean-Félix Acquaviva ont choisi de donner vie à la culture pour une ultime projection, qui a eu lieu le mois d’octobre dernier au cinéma dart et dessai Le Grand Action à Paris.

A l’écran, c’est un palmarès réduit que le festival itinérant les Nuits Méditerranéennes était allé présenter : deux courts métrages au lieu de six en raison du couvre-feu qui sévissaient, alors, depuis plusieurs jours. Les salles de cinéma des métropoles touchées par cette restriction en ont tout particulièrement pâti, contraintes à sacrifier les séances à haute fréquentation du soir, au moment où les français retrouvaient tout juste le chemin des cinémas. Malgré cela, le mois d’octobre représentait la plus forte fréquentation des salles depuis leurs réouvertures à la suite du premier confinement, avec 8,5 millions d’entrées, selon un rapport du CNC. Les films français, pour leur part, ont bénéficié de l’absence des géants américains, avec le report des blockbusters prévu pour cet automne au printemps 2021 (tel que The BatmanBlack Widow de la franchise Marvel, James Bond ou encore le dernier de la série Conjuring). Mais cette conjecture n’est opportune qu’à condition que les productions et la distribution soient maintenues. Hors, avec le second confinement en France que l’on craint de voir se prolonger dans le mois de décembre, la fermeture totale des salles de cinéma met à mal un septième art déjà meurtri. C’est dans ce contexte que, le mois d’octobre dernier au cinéma d’art et d’essai Le Grand Action à Paris, le réalisateur Foued Mansour et l’acteur Mohammed Sadi ont pu, de justesse, présenter Le Chant dAhmed à l’assistance du festival les Nuits MED. À leurs côtés pour la double projection – avec le second prix, Irjain Maradona du palestinien Firas Khoury – se trouvaient Gautier Rejou, représentant de France Télévision et Jean- Félix Acquaviva, député de Haute-Corse et secrétaire national du parti autonomiste Femu a Corsica.

Irjain Maradona de Firas Khoury. Crédit photo: Lights On

Nous avons pu obtenir, à la suite de la programmation, la réaction du parlementaire : interrogé au sujet de l’impact de la pandémie sur la culture, Jean-Félix Acquaviva est pragmatique. Selon lui, l’impératif maintenant est de reconfigurer les évènements qui peuvent l’être sans les reporter, afin de maintenir le lien social. Les arts du spectacle et de l’audiovisuel que les gouvernements, dans ces temps difficiles, tendent à qualifier de non-essentiel, ont tout particulièrement besoin de l’État, mécène premier de la culture locale et conservateur de son patrimoine. Le maintien des financements et des politiques publiques pour transmettre la culture est donc, d’après le député, un impératif. Pour la Corse, la création cinématographique est tout particulièrement importante. Bien plus ouverte qu’on ne le soupçonne et riche d’une communauté loyale à son territoire et à la Mare Nostrum, l’île de Beauté connaît ses valeurs premières : un panorama d’exception, une histoire nourrit par plusieurs civilisations et un emplacement sur le bord sud de l’Europe, entre deux continents qui peinent à exploiter la complémentarité de leurs acteurs culturels contemporains. Mais ce potentiel dans l’interdépendance, les corses le conçoivent. Pour expliquer ce rapport, Jean-Félix Acquaviva prend pour exemple le court métrage Le chant dAhmed, grand prix du festival les Nuits MED. Le personnage titre du film de Foued Mansour est en effet, de son point de vue, très similaire aux Corses qu’il a connu entre les années cinquante et soixante-dix. Le rapport d’Ahmed avec le jeune Mike, dans le court métrage, reflète singulièrement les évolutions des générations insulaires. Dans ce pot commun de culture, le but serait donc pour la Corse de faire le pont, comme nous l’a détaillé le parlementaire, par l’accueil et la promotion. Il s’agirait de mettre en place des moyens logistiques et financiers pour accueillir des tournages ou même de réaliser des productions communes. « Il y a quand même une histoire qui existe aussi entre le Maghreb et la Corse, » a-t-il rappelé. Les politiques de la culture, aujourd’hui, sont proactives. Sous l’angle audiovisuel, elles agissent sur l’incubation de la création. La collectivité de Corse, gérée par la majorité territoriale dont Jean-Félix Acquaviva fait partie, a bien compris cet enjeu et s’investit vers une culture vivante où son territoire serait une terre de cinéma. « En tant que politique, on se plaint souvent, en Corse, que les grandes puissances européennes nont pas de projet méditerranéen au sens noble du terme : politique, économique, environnemental, culturel. Sil y a bien un axe sur lequel on peut développer des actions qui peuvent donner corps par limage, par la création, à une identité commune et même, peut-être, des réflexions plus loin, cest bien laudiovisuel et la cinématographie.»

Gautier Rejou, Alix Ferraris et Francescu Artily au CNC. Crédit photo: Syrine Gouni

Le Centre national de cinéma et de l’image animée (CNC) a pour sa part l’ambition de mettre l’audiovisuel et la création numérique à la portée de tous. Dans une action pour les régions, le dispositif « Talent en Court » a été mis en place par cette institution afin de porter le septième art à la population éloignée par le biais du court métrage. Avec son festival itinérant les Nuits Méditerranéennes, Alix Ferraris – président de l’association responsable de ce dispositif pour le territoire Corse – a invité, avant le confinement, un public de jeunes passionnés et intermittents du spectacle autodidactes à la rencontre de professionnels du métier. La pandémie, omniprésente sur les visages masqués, s’est aussi distinguée avec l’absence de Alexis Manenti, lauréat du César du meilleur espoir masculin 2020 qui, malade, avait préféré participer par prudence virtuellement au dialogue avec l’audience du CNC. Acteur de longue date, il est revenu sur sa participation inopinée en tant que scénariste dans le court métrage de Ladj Ly, Les Misérables. Le succès de ce film de seize minutes a permis une seconde production, en long-métrage cette fois, dans laquelle Alexis Manenti a reprit sa place à la table d’écriture et devant la caméradans le rôle d’un policier caïd. Le film, nominé aux Oscars, primé à Cannes et vainqueur de quatre Césars, fait le récit des premiers jours d’un policier à la BAC en Seine-Saint-Denis, au sein d’une équipe qui enchaîne les bavures. Reconstruite, du court au long, l’histoire est toute autre mais reste la même. Pour Francescu Artily, la transition s’est faite, non pas du court au long, mais du documentaire à la fiction. Le réalisateur, habitué du cinéma du réel, s’est lancé dans le drame avec la résidence d’écriture « Med in scénario », dont il a remporté le prix France Télévision en 2018. Au côté de Gautier Rejou, conseiller de programme à France TV qui a accompagné son projet, Pour que rien ne change, il a retracé les étapes qui ont permis la cristallisation d’un scénario qu’il a passé encore une année à réécrire. Chargé, à la suite de la remise du pré-achat de quinze mille euros – soit mille euros par minute de film -, d’accompagner Francescu Artily et ses producteurs afin de valider un projet « visible et diffusable », le conseiller de France Télévision a patiemment détaillé le rôle de la société nationale auprès des créateurs. Il a ainsi, avec l’exemple du court métrage Pour que rien ne change, décrit le type d’intervention que la chaîne entreprend dans le cas de figure d’un achat avant la production, et a expliqué comment les réalisateurs pouvaient proposer leurs projets, indépendamment, à France Télévision. Mais la mission première du pôle court métrage est avant tout de pousser les réalisateurs à aller plus loin par la suite. Les projets « prêt à diffuser » sont donc privilégiés afin d’offrir, comme l’a expliqué Gautier Rejou, le meilleur soutien possible, tout en préservant la liberté de création des talents.

Syrine Gouni

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