Jack Lang, « Le Liban est dans le cœur de tous les...

Jack Lang, « Le Liban est dans le cœur de tous les français »

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Jack Lang, directeur de l’Institut du monde arabe, s’est exprimé hier sur France Info à la suite de la visite d’Emmanuel Macaron à Beyrouth, deux jours après l’explosion qui a ébranlé un pays déjà affaibli par une crise économique désastreuse.

Ancien ministre de la culture, il tient ce poste sous le gouvernement de François Mitterand qui marqua la première visite d’un chef d’état français au Liban depuis son indépendance. Mandataire de ce territoire suite au démantèlement de l’Empire ottoman, c’est la France qui proclame l’état du Grand Liban en 1920. Cent ans plus tard, la république libanaise garde de cette Histoire des liens unique avec l’état français. Pendant longtemps, l’économie du pays s’est appuyée sur un dynamisme bancaire fort et est devenu le centre du monde entrepreneurial des pays du Golfe. Cependant, ces deux dernières années, ce fondement s’est ébranlé. Sa construction aux allures de pyramide de Ponzi avec la Banque du Liban comme clef de voûte a plongé le pays dans une crise économique sans précédent. En octobre dernier, la population libanaise est descendue dans les rues pour protester contre les dirigeants politiques, chefs d’un régime confessionnel au sommet de cette construction branlante. Essoufflé par l’instabilité économique et paralysé par l’épidémie de Covid-19 qui a marqué ce début d’année, le mouvement a cependant perdu, au bout de quelques semaines, son élan. C’est dans ce contexte que la catastrophe s’est abattue sur la capitale de Beyrouth: une explosion dont le bilan provisoire fait état de plus de 150 morts, qui met à son tour en lumière la désintégration du Liban.

Mis en cause dans la situation économique du pays et accusés de la négligence qui a permit ce désastre, il n’est pas surprenant que les dirigeants libanais ne soient pas allés à la rencontre de la foule de Beyrouth. C’est de France que vient la surprise, avec la visite du président Emmanuel Macaron, premier dirigeant étranger à présenter en personne son soutien au peuple libanais. Et c’est bien à eux qu’il a rendu visite ce jeudi 6 août, ouvrant le dialogue dans les rues de la capitale avant même de s’entretenir avec les dirigeants du pays. Jack Lang, à la tête de l’Institut du monde arabe, dont le Liban fait parti des signataires de l’acte de fondation, a qualifié sur France Info la visite d’Emmanuel Macron de « déplacement historique ». L’ancien ministre perçoit dans cette action, non pas l’ingérence dont l’accusent ses opposants, mais la manifestation des liens « affectifs, humains, culturels » profonds que partage la France avec le Liban. « [S]on souhait, ce n’est pas de rétablir un nouveau protectorat français, c’est au contraire de faciliter l’émergence d’un Liban libre, souverain, maître de lui-même », explique Jack Lang.

L’institut du monde arabe, pour sa part, organisera bientôt l’évènement « 24 heures pour le Liban » et accueillera sur son parvis du 20 au 22 août la pièce Yalla Bye, mise en scène d’un chassé croisé entre Paris et Beyrouth.

Syrine Gouni

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