Consanguinité et Risques génétiques

Consanguinité et Risques génétiques

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Un algérien sur quatre préfère épouser sa cousine. Les zones rurales enregistrent le pourcentage le plus élevé de ce type d’alliance avec 38,8% selon les résultats d’une étude publiée par la FOREM (Fondation Nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche). Il reste néanmoins inférieur à celui enregistré dans plusieurs pays arabes comme Bahreïn (39,4%), l’Arabie Saoudite (50%), le Koweït (54%) ou la Jordanie (55%). Ces pourcentages élevés découlent de l’héritage culturel et religieux présents dans ces pays.

Pour mieux cerner le problème, la FOREM a tenté au travers d’une enquête réalisée dans 21 communes réparties sur 12 wilayas du pays de montrer l’ampleur de ce phénomène. Cette étude menée en 2007 par des étudiants en médecine en fin de cursus s’est déroulée dans des PMI où a été opéré le captage de 2600 mamans à la faveur des visites de vaccination. Les résultats de l’enquête ont révélé que le taux le plus élevé de consanguinité se situe dans la commune de Bir El Ater, dans la wilaya de Tébessa avec 88%. La wilaya d’Alger est considérée au-dessous de la moyenne avec un taux de 29,5% alors que le taux le plus bas est relevé à Oran avec 18,5%. De nombreuses anomalies congénitales à la naissance ont été observées. Il s’agit entre autres : du bec de lièvre, la maladie de Duchenne, les cardiopathies, la trisomie 21 et les mucoviscidoses. Ces pathologies sont présentes avec des taux très élevés (6,25%), soit presque deux à trois fois les taux admis. Il est ainsi prouvé que les malformations, les maladies génétiques ou les arriérations mentales sont plus fréquentes chez les enfants issus d’une union consanguine et le risque de fausse couche en serait augmenté.

Plus récemment, une étude anglaise s’est penchée entre 2007 et 2010 sur 11300 nouveaux nés issus d’une union consanguine dans la ville de Bradford (ouest de l’Angleterre) comprenant une forte communauté pakistanaise. Parmi ces 11300 enfants, 386 présentaient des anomalies congénitales. Cette étude a permis de démontrer que les enfants pakistanais dont les parents sont cousins, ont deux fois plus de risque que les autres de souffrir de telles anomalies. « Le risque absolu d’anomalies congénitales est faible : il passe de 3% quand les géniteurs ne sont pas apparentés à 6% lorsque les parents sont cousins » déclarent les auteurs de l’étude. De fait, les nouveau-nés de parents pakistanais non apparentés présentent le même risque que les petits Britanniques.

Sensibilisation accrue…une solution

Pour sensibiliser les individus aux risques génétiques impliqués par les mariages consanguins, il est nécessaire d’agir auprès d’eux dès leur plus jeune âge. C’est le cas de l’Espagne, où dérogations et mariages princiers mis à part, les unions consanguines ont été prohibées par l’Eglise catholique et même si cette prohibition ecclésiastique n’a plus l’impact d’antan, la population espagnole a été sensibilisée par les problèmes d’hémophilie rencontrés par la famille royale. Reste que l’Espagne compte un nombre croissant d’immigrants musulmans qui en réunissant leur famille sur le territoire espagnol forment de petites communautés dans lesquelles les mariages consanguins sont favorisés : c’est le cas de Ceuta et Melilla, deux villes espagnoles enclavées sur la côte marocaine. Dès 2005, l’administration de la ville de Melilla, en partenariat avec le département de santé publique du Gouvernement autonome de Valencia (Espagne) ont élaboré un programme éducatif pour sensibiliser très tôt sa population sur les risques impliqués par les mariages consanguins. La démarche adoptée s’inscrit dans une perspective tant éducative que préventive. Elle repose sur 5 points :

  • Agir dès le jeune âge ;
  • Dispenser une formation aux enseignants et instituteurs sur leur rôle en tant qu’agents de santé ;
  • Proposer des jeux éducatifs culturellement adaptés ;
  • Utiliser du matériel didactique adapté aux besoins des élèves ;
  • Organiser des débats entre les élèves.

Ce programme vise à permettre aux individus de faire des choix éclairés en matière de santé. Dans cette optique, ce projet vise à montrer aux plus jeunes que la différence entre deux objets ou deux individus n’est pas un problème. Sur cette base, l’enfant pourra être amené à comprendre que notamment en matière de santé, la différence peut même avoir des avantages. Les élèves pourront, en outre, acquérir des connaissances qui leur permettront en temps voulu de mieux comprendre les mécanismes de la transmission des maladies et handicaps génétiques et les risques résultants des mariages consanguins.

Faut-il l’avis d’un expert lorsque l’on décide de convoler avec son cousin germain ? 

Il suffit d’interroger l’un des deux conjoints pour rechercher une maladie génétique familiale et pratiquer un test sanguin pour vérifier l’absence du gène responsable de la mucoviscidose, de l’amyotrophie spinale ou de l’ataxie de Friedreich, les trois maladies les plus fréquentes. De nouveaux tests capables d’identifier les gènes de 500 maladies génétiques sont sur le marché et simplifient ce type de dépistage.

Reste qu’il est difficile de convaincre un couple de cousins germains de ne pas se marier, sinon de ne pas enfanter. Pour ne pas tomber dans ces deux cas de figures, en Islande un site de rencontres spécialisé a trouvé la solution imparable en proposant à ses adhérents derencontrer l’âme sœur ne présentantaucun lien de parenté avec eux, donc sans risque consanguin.

Consanguinité et risques génétiques au niveau chromosomique

Génome Humain

Des maladies qui s’expriment si le gène est en double exemplaire

Chacune de nos cellules renferme 46 chromosomes répartis en 23 paires. Dans chacune d’elle, un chromosome vient du père et l’autre de la mère. Or de nombreuses maladies génétiques, liées à un gène défectueux, n’apparaissent que si le gène défectueux est présent en double exemplaire dans la copie venant du père et dans celle de la mère. En clair, quand un gène responsable d’une maladie génétique existe dans une famille, le mariage entre cousins facilite l’éclosion de cette maladie.

Karine AÏT YOUNES

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