Sahara occidental : la victoire diplomatique du Maroc, une illusion coloniale

Des milliers de Marocains ont envahi les rues, le vendredi 31 octobre 2025, dans plusieurs villes et villages du pays, brandissant le drapeau national pour célébrer le vote du Conseil de sécurité de l’ONU en faveur du plan de « protectorat du Maroc impérial » sur le Sahara occidental.
Mais derrière cette effervescence nationale se cache une tout autre réalité. La « conquête coloniale » du Sahara occidental n’est pas l’expression d’une unité nationale retrouvée, mais un instrument de légitimation d’un pouvoir monarchique en crise. Cette victoire diplomatique illusoire, soigneusement orchestrée, vise avant tout à détourner la colère populaire — nourrie par la misère, le chômage et la répression — vers une ferveur nationaliste artificielle.Les slogans patriotiques criés dans les rues — « Victoire pour la justice ! Victoire pour le Maroc ! », « De Tanger à Lagouira, le Maroc est uni ! » — sonnent comme un contrepoint ironique aux luttes sociales qui, ces dernières semaines, embrasaient le royaume. Ce patriotisme de façade permet de masquer les fractures profondes entre une élite économique et politique accaparatrice et un peuple exaspéré, dépossédé de ses droits fondamentaux.En réalité, il n’existe aucune « cause commune » entre les intérêts du capital marocain, sahraoui et international et ceux du prolétariat de ces mêmes régions. La pseudo-unité nationale prônée par le pouvoir ne fait que subordonner les classes populaires à une stratégie impériale au service de la bourgeoisie locale et mondiale.Sur le plan international, la résolution onusienne a également révélé le cynisme des grandes puissances. L’abstention de la Chine et de la Russie — alliées historiques de l’Algérie — a surpris de nombreux observateurs. Ce repositionnement s’explique sans doute moins par une neutralité réelle que par des calculs géopolitiques : Pékin et Moscou espèrent voir dans cette complaisance du Conseil de sécurité un précédent exploitable pour leurs propres ambitions, respectivement à Taïwan et en Crimée.En définitive, cette « victoire » marocaine s’inscrit dans la logique immuable des rivalités impérialistes. Qu’elles soient économiques, financières, diplomatiques ou militaires, toutes ont pour finalité la conquête et le repartage des ressources et des marchés. Le Sahara occidental, riche en phosphate et en autres minerais stratégiques, n’échappe pas à cette logique prédatrice. La question reste entière : quelle alliance impériale s’emparera, demain, de ces richesses ?
HHS





