Laurent Nunez à Alger : la fin du rapport asymétrique ?

Dans un climat diplomatique tendu, où les déclarations ont trop souvent remplacé la responsabilité politique, la venue de Laurent Nunez à Alger s’inscrit dans une tentative de réparation tardive. Mais face à la muraille algérienne, il ne s’agit plus de colmater les fissures d’un vase brisé : il s’agit de redéfinir, d’égal à égal, les termes d’une relation longtemps déséquilibrée.
Dans ce contexte bouillant, les mots ont précédé les actes. Ils se sont succédé dans une farandole aux relents politiciens, chargés d’arrière-pensées et d’agendas à peine dissimulés. À force de déclarations calibrées pour les plateaux et de postures destinées à l’opinion, certains responsables français ont cru pouvoir installer un rapport de force rhétorique. Puis Laurent Nunez est arrivé à Alger.Il lui revenait la tâche délicate de recoller les morceaux d’un vase que d’autres s’étaient appliqués à fracasser. Sous couvert de légitimité institutionnelle, porté par un exécutif fragilisé et un pouvoir en fin de cycle autour d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’Intérieur a dû affronter une réalité simple : Alger n’est pas une variable d’ajustement. On dit d’Alger qu’elle est « la bien gardée ». L’expression n’est pas qu’un symbole. Elle traduit une culture stratégique, une mémoire longue, une vigilance forgée dans l’histoire. Face aux débats enflammés sur les OQTF, les soins médicaux supposément accordés sans contrôle ou encore l’immigration instrumentalisée, Alger n’a pas répondu par l’émotion, elle a répondu par la réciprocité. Car lorsque la politique devient apothicairerie électorale, lorsque l’on nourrit des chimères pour structurer un récit intérieur, il ne faut pas s’étonner qu’en face la réponse soit ferme. Le durcissement algérien n’est pas une crispation : c’est un principe. Celui de ne pas se laisser dicter sa conduite par l’ancienne puissance coloniale. La France doit comprendre que le temps du « Issaba » implicite, du rapport asymétrique, appartient au passé. Le monde a changé, les équilibres ont muté. L’Algérie n’est plus un sujet périphérique; elle est une porte stratégique sur l’Afrique, un pivot méditerranéen, un acteur qui parle désormais avec une voix claire. Que peut réellement changer Laurent Nunez dans cet héritage d’incendies diplomatiques ? Peut-être poser les jalons d’une inflexion. À l’aube d’une recomposition politique en France, un geste de courtoisie, notamment sur la question des visas, pourrait ouvrir une séquence nouvelle. Mais cela ne suffira pas sans un discours apaisé, assumé, d’égal à égal.La relation franco-algérienne ne peut survivre que dans la souveraineté réciproque, sans injonctions ni procès d’intention. L’Algérie rappellera, comme elle l’a déjà fait, que rien ne se construira au détriment des nations africaines trop longtemps spoliées et humiliées. Elle n’entend pas parler seulement pour elle-même. Elle se pose en porte-voix d’un continent qui refuse désormais la tutelle déguisée.Hier, le président du Niger saluait la constance d’Alger. Demain, d’autres capitales observeront, car la souveraineté n’est pas un slogan, c’est une posture mentale. Une ligne intérieure, et face à ceux qui testent les limites, Alger ne hausse pas le ton, elle élève le niveau.
À bon entendeur.
N.K





