HOMMAGE : Elle ne se contentait pas d’entrer dans une pièce ; elle y installait une conscience.
À elle seule, Leïla Shahid incarnait cette alliance rare entre la grâce et la détermination, entre la douceur du verbe et la fermeté des convictions. Son combat pour la liberté palestinienne ne s’est jamais réduit à un slogan ni à un cri. Il fut un souffle. Un souffle long, patient, traversant les frontières, s’insinuant dans les esprits, éveillant les consciences.Elle parlait comme on éclaire. Ses mots ne heurtaient pas ; ils pénétraient. Sa voix ne divisait pas ; elle obligeait à penser.Dans l’arène diplomatique, elle avançait avec cette intelligence stratégique qui relève presque de l’art mental : comprendre l’autre avant de lui répondre, anticiper l’argument avant qu’il ne soit prononcé, transformer l’émotion en conviction, la colère en exigence de justice.
Elle n’a jamais brandi la haine comme étendard.
Elle a choisi la dignité.
Et c’est peut-être là que réside sa véritable puissance.
À travers ses prises de parole, titanesques par leur portée mais mesurées dans leur forme, elle a offert au monde une autre image du combat : un combat qui refuse la brutalité des simplifications, un combat qui cherche la reconnaissance sans renoncer à l’humanité.Elle demeure une icône, non pas figée dans le marbre, mais vivante dans la mémoire collective. Pour les générations passées, elle est la voix d’une époque. Pour les nouvelles, elle est une boussole. Car certaines figures ne s’imposent pas par le fracas, mais par la constance. Et, dans le tumulte du monde, elle aura prouvé qu’il existe une force plus durable que la colère : la lucidité alliée à l’espérance.Aujourd’hui, nous lui souhaitons un repos bien mérité. Un repos à la hauteur de son engagement, de sa constance, de sa loyauté envers son peuple et envers ses convictions les plus profondes et parce qu’elle fut une femme de foi autant qu’une femme de parole, profondément croyante, il est impensable d’associer son départ à un geste de désespoir. Une telle âme, héritière digne de l’étendard du combat, n’aurait pu renoncer à la vie, encore moins en un premier jour de Ramadan, temps de recueillement, de patience et d’élévation spirituelle.
Toutes nos condoléances à sa famille et à ses amis à travers le monde.
N.K


