Emir Abdelkader : quand l’histoire éclaire les défis du présent
Au-delà d’une simple distinction académique, la première édition du Prix Emir Abdelkader pour la recherche et les études historiques, remise à Alger, réaffirme le rôle central de l’histoire dans la compréhension de l’État algérien et des valeurs fondatrices de la nation, à l’heure où les repères politiques et moraux sont mis à rude épreuve à l’échelle mondiale.

La remise du Prix Emir Abdelkader pour la recherche et les études historiques, présidée mercredi 4 février à Alger par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, s’inscrit dans une dynamique qui dépasse la reconnaissance de travaux universitaires. Elle pose, en filigrane, la question du rapport de l’Algérie contemporaine à son histoire, à ses figures fondatrices et à la signification même de l’État. Organisée au Palais de la Culture Moufdi-Zakaria à l’occasion de la commémoration de la deuxième allégeance à l’Emir Abdelkader (4 février 1833), la cérémonie a réuni des responsables politiques, des intellectuels et des acteurs du champ culturel. Un cadre symbolique fort, qui rappelle que l’Emir Abdelkader ne relève pas uniquement de la mémoire héroïque, mais constitue un référent intellectuel et politique toujours mobilisable. Les trois travaux primés illustrent cette pluralité d’approches. De la réflexion sur le projet d’État et de nation porté par l’Emir, à l’analyse de son parcours à travers des sources étrangères, jusqu’à l’authentification de manuscrits historiques, la recherche consacrée à cette figure met en lumière une pensée politique structurée, enracinée dans son époque mais étonnamment moderne dans ses principes.

Dans son intervention, la ministre de la Culture a insisté sur une idée centrale : chez l’Emir Abdelkader, l’État n’est pas d’abord une machine administrative, mais une construction morale et consciente. Une conception qui articule défense du territoire, organisation sociale et protection de l’Homme, et qui tranche avec les lectures réductrices limitant son action à la seule résistance armée. Cette relecture prend une résonance particulière dans un contexte international marqué, selon Mme Bendouda, par l’érosion du droit international et la domination de rapports de force hégémoniques. L’expérience de l’Emir Abdelkader rappelle alors une vérité politique essentielle : la souveraineté ne se concède pas et la légitimité ne s’impose pas par décret, mais se bâtit par l’adhésion des peuples.

L’annonce de la création d’un fonds documentaire dédié à l’Émir Abdelkader au sein de la Bibliothèque nationale d’Algérie participe de cette volonté de transformer la mémoire en savoir structuré, accessible et vivant. De même, le projet de musée et de statue à Oran, présenté lors de la cérémonie, traduit une ambition de faire de l’histoire un levier culturel, éducatif et même économique. À travers ce prix, le ministère de la Culture ne se contente pas de récompenser des chercheurs. Il envoie un message plus large : la recherche historique n’est pas un exercice du passé, mais un outil de compréhension du présent et de projection vers l’avenir. En redonnant toute sa place à la pensée de l’Émir Abdelkader, l’Algérie interroge, en creux, les fondements de son État et les valeurs sur lesquelles elle souhaite continuer à se construire.
HHS





