Mémoire et réconciliation : la France et l’Algérie commémorent les victimes du 17 octobre 1961
PARIS – 17 octobre 2025. Soixante-quatre ans après le massacre du 17 octobre 1961, plusieurs cérémonies de commémoration ont eu lieu en France pour rendre hommage aux milliers d’Algériens victimes de la répression policière sanglante à Paris. À l’initiative du Collectif pour une histoire franco-algérienne non falsifiée, élus, associations et représentants des deux pays ont rappelé l’importance du devoir de mémoire et du dialogue entre les peuples.

Un massacre longtemps nié
Le 17 octobre 1961, près de 40 000 Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire imposé par le préfet Maurice Papon, en pleine guerre d’Algérie. La répression policière est d’une extrême violence : des centaines de morts, des milliers d’arrestations et des corps jetés dans la Seine.Longtemps occulté par les autorités françaises, ce drame ne sera officiellement reconnu qu’en 1998, lorsque le gouvernement admet la mort de 40 manifestants, bien que les historiens estiment le bilan réel entre 200 et 300 victimes.
Commémorations à Paris et en banlieue
Ce matin, la Grande Mosquée de Paris a accueilli une cérémonie solennelle en hommage aux victimes. Le recteur Chems-eddine Hafiz, entouré d’imams, d’élus et de représentants associatifs, a rappelé « la nécessité de transmettre cette mémoire aux générations futures ».
Parmi les personnalités présentes : le sénateur Rachid Temal, les députées Sabrina Sebaihi et Fatiha Keloua-Hachi, le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée populaire algérienne Mohamed Hani, la députée de l’assemblée Nationale Algérienne Mélissa Benouadfel l’adjoint à la maire de Paris Emmanuel Grégoire, ainsi qu’une ancienne ministre algérienne Salima Souakri. Plusieurs associations franco-algériennes ont organisé des rassemblements similaires à travers l’Île-de-France, notamment grâce à l’implication d’élus français et algériens œuvrant pour une mémoire partagée.

Dialogue franco-algérien : un symbole d’apaisement
À l’Assemblée nationale, le député Carlos Martens Bilongo (LFI – Val-de-Marne), en partenariat avec le Haut Conseil des Algériens en France présidé par Hamichi Saidi, a ouvert les portes de l’hémicycle pour une rencontre mémorielle. La députée de la communauté algérienne en France, Mélissa Benouadfel, des élus français d’origine algérienne et de nombreux jeunes y ont pris part pour honorer les victimes et réaffirmer l’importance du dialogue entre les deux nations.
Commémoration au square NelsonMandela dépôt d’une gerbe de fleurs au pied de la plaque des Algériens victime des massacres du 17101961
Hommage à Pierrefitte-sur-Seine des Algériens en
La députée Algérienne , Mélissa Benouadfel et le président du haut conseil des Algérien en France M. Hamichi Saidi se sont ensuite rendue à Pierrefitte-sur-Seine, accueillie par Michel Fourcade, maire délégué, et Guy Jouvenelle, conseiller communal en charge du devoir de mémoire.
Autour du Collectif pierrefittois du 17 octobre, une cérémonie s’est tenue au square Nelson-Mandela, où des enfants ont récité des poèmes de Kateb Yacine avant le dépôt d’une gerbe de fleurs au pied de la plaque commémorative. Un moment d’émotion intense, salué par les participants.

« Mémoire et Respect » à Garges-lès-Gonesse
Dans le cadre du devoir de mémoire, l’Organisation Solidarité Humanité Internationale (OSHI) a organisé, en partenariat avec la ville de Garges-lès-Gonesse et le consulat d’Algérie à Pontoise, la deuxième édition de la journée « Mémoire & Respect ».
Devant la première stèle numérique dédiée au massacre du 17 octobre 1961, inaugurée l’an dernier au Chemin de la Justice, une cérémonie officielle s’est tenue en présence de délégations françaises et algériennes, de journalistes et d’invités.
Au programme : projection du film historique Héliopolis de Djaffar Gacem, conférences-débats avec des historiens et professeurs d’université, et échanges autour de la transmission de la mémoire coloniale.

Un devoir de vérité toujours d’actualité
Alors que les relations diplomatiques entre Paris et Alger connaissent de nouvelles tensions, le souvenir du 17 octobre 1961 résonne comme un rappel du poids du passé colonial et de la nécessité d’une reconnaissance sincère des crimes commis.
Ce 64e anniversaire invite à la réflexion : seule une mémoire assumée et partagée permettra de bâtir une relation apaisée entre les deux rives de la Méditerranée.






