Culture

« L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes » : du livre à la scène, quand les expressions racontent un pays

À l’origine de la pièce de théâtre « L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes », il y a un livre, un texte écrit avec la même urgence que la parole quotidienne. Un livre qui ne cherche pas à embellir la réalité, mais à la dire avec les mots de tous les jours, ceux qu’on utilise sans y penser, et qui pourtant portent tout le poids de l’expérience algérienne.

Le passage du livre à la scène n’est pas une simple adaptation : c’est une mise en voix d’une langue déjà vivante. Le texte original s’appuie sur des expressions typiques, populaires, parfois ironiques, parfois résignées, qui structurent la pensée collective. « Normal », « on fait avec »… Dans le livre comme dans la pièce, ces formules ne sont pas anodines : elles disent le rapport au temps, à la patience et à l’espoir.Le titre lui-même est une expression détournée, presque provocatrice. Aimer ou kiffer l’Algérie, ce n’est pas la même chose.Aimer, c’est parfois rester par héritage. Kiffer, c’est aimer malgré tout, avec passion, avec colère, avec lucidité. Le livre pose cette question de manière frontale, en utilisant un langage familier qui parle immédiatement au lecteur. La pièce reprend cette interpellation et la projette vers le public, sans filtre.Dans le texte d’origine, l’auteur joue avec la langue comme on joue avec une vérité inconfortable. Les expressions deviennent des réflexes culturels, presque des boucliers.Le livre analyse les mots sans les juger, et la pièce les fait résonner autrement, en les incarnant.Sur scène, les expressions quittent la page pour devenir des silences, des regards, des éclats de rire. Ce qui était lu devient entendu, vécu. Le spectateur reconnaît les phrases qu’il dit lui-même, parfois sans s’en rendre compte.

La seine de théâtre

Le théâtre amplifie ce que le livre suggérait déjà : la langue algérienne est un miroir social. Elle raconte la jeunesse, le chômage, l’exil, l’amour du pays.La pièce utilise une parole brute, imparfaite, mélangée : français, darda, expressions populaires, parce que c’est ainsi que l’Algérie se raconte vraiment. Cette hybridité linguistique devient une force artistique : elle permet de dire ce qui ne passe pas dans un langage académique.En adaptant le livre au théâtre, la pièce ne trahit pas le texte original, elle le prolonge. Elle transforme la lecture solitaire en expérience collective. Là où le lecteur se reconnaissait en silence, le public rit, soupire, réagit. Les expressions typiques deviennent des points de rencontre entre la scène et la salle.

L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes

Au final, « L’Algérie, tu l’aimes ou tu la kiffes », du livre à la scène, est une œuvre qui rappelle que notre manière de parler dit souvent plus que nos discours. Et que continuer à nommer l’Algérie avec nos mots, même usés, même contradictoires, est peut-être déjà une façon de l’aimer ou de la kiffer.

Un one man show de Smail Chertouk dont la prochaine représentation se fera le 29 mars 2026 au théâtre « Le république » à Paris

L.B

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