Un accord au forceps

Un accord au forceps

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Hassina-Hadj-SahraouiTout le monde se souvient de la grave crise institutionnelle et sécuritaire créée le 22 mars 2012 par le capitaine Amadou Haya Sanogo lorsqu’il renversa le régime d’Amadou Toumani Touré, accusé d’« incompétence » dans la lutte contre la rébellion touarègue et les groupes islamistes armés dans le Nord, alliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En ordonnant l’arrestation d’une partie du gouvernement et en « encourageant » l’exécution de nombreux bérets rouges fidèles à Amadou Toumani Touré, le capitaine et sa junte ont provoqué l’effondrement de l’armée malienne et… la montée de cette rébellion touarègue. En moins de deux semaines, les groupes armés ont pris le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou et évincé la rébellion touarègue qui revendiquait le droit à la création d’un nouvel État nommé « Azawad ». Bamako d’abord, puis Paris – qui, en janvier 2013, envoya ses troupes pour arrêter la progression des islamistes armés menaçant de poursuivre leur offensive vers le Sud – et enfin la communauté internationale déclarèrent cette « revendication » d’indépendance « nulle et non avenue ». Les groupes terroristes s’effacèrent alors et les autres groupes armés, anciens et nouveaux, acceptèrent de s’asseoir autour d’une table et de restituer en partie le pouvoir qu’ils s’étaient octroyé aux autorités civiles de Bamako. À Ouagadougou d’abord, où pour permettre l’organisation d’une présidentielle – remportée en août par l’ex-Premier ministre Ibrahim Boubacar Keïta – un accord a été signé, prévoyant un cessez-le-feu, un déploiement progressif de l’armée et un cantonnement des combattants touaregs sur des sites de regroupement. À Alger ensuite, en juillet, quand le gouvernement et les six mouvements armés du Nord ont signé, sous la médiation algérienne, une feuille de route pour ramener la paix. Depuis, que de couacs, de rounds, de rendez-vous manqués… Mais devant la volonté de paix des uns et des autres, les pressions internationales et la détermination de M. Ramtane Lamamra – qui s’est révélé un diplomate hors pair –, le 1er mars 2015, après sept mois de négociations, les Maliens ont fini par parapher à Alger un « accord de paix et de réconciliation ». Lequel, selon le ministre algérien, « a valeur de boussole crédible et efficace » pour guider les parties maliennes vers la paix et la stabilité. Certes, la Coordination des mouvements de l’Azawad (le Mouvement national de libération de l’Azawad, le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad et le Mouvement arabe de l’Azawad) n’a pas encore signé. « Nous ne rejetons pas l’accord. Celui qui nous a été proposé est un des meilleurs accords que nous ayons connus par rapport à ce conflit. Nous devons retourner vers nos bases pour expliquer ces documents et puis revenir avec beaucoup plus de sérénité », déclare le porte-parole de cette délégation à Alger, Mohamed Ousmanne. Alger, Paris, Washington, Bruxelles et l’ONU pressent la Coordination de signer sans tarder ce « texte équilibré et bénéfique » pour le Mali, et pour le Sahel qui doit faire face au terrorisme qui se décline tantôt sous les couleurs de l’AQMI, tantôt sous les couleurs de Boko Haram et de Daech.

Hassina H.Sahraoui

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