Quelles pourraient être les conséquences politiques et écono-miques en Turquie?

Quelles pourraient être les conséquences politiques et écono-miques en Turquie?

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Hadj Sahraoui HassinaIl y a quelques années encore, Tayyip Erdogan semblait tout puissant et la Turquie affichait l’une des plus belles croissances économiques et revenait sur le devant de la scène internationale. Mais le Président semble aujourd’hui de plus en plus contesté. Embourbée dans le conflit syrien, la Turquie est devenue le théâtre d’attentats. La croissance économique s’est essoufflée alors que le chômage et la dette ont augmenté. Comment expliquer cette évolution ? Le président turc est-il sur le déclin vu cette tentative de coup d’État en Turquie le 15 juillet dernier ? Erdogan reste détesté par beaucoup de monde, mais son slogan favori : « La démocratie a été sauvée », bien que totalement sournois, est parvenu à rassembler différentes composantes de la population. D’autres voient dans cette tentative de putsch la main d’officiers kémalistes de l’armée, des soldats qui se réclament du nationalisme laïc lancé par le père fondateur de la République de Turquie, Atatürk. Mais aucun élément ne permet de maintenir ces propos. Avec les procès Balyoz et Ergenekon, des purges ont été menées ces dernières années pour liqui-der les derniers kémalistes de l’armée. Finalement, la véritable opposition est res-tée observatrice d’un conflit qui a opposé deux franges du pouvoir, avec Erdogan d’un côté et Gülen de l’autre. Étonnant non ? D’autant plus que cette tentative de coup d’État est arrivée à un moment inattendu. En Égypte par exemple, le putsch du général Sissi est survenu au lendemain d’une grande manifestation populaire contre le gouvernement de Morsi. Mais en Turquie, nous savions que la grande majorité de la rue était acquise à Erdogan, il n’y avait pas de mouvement social. Nous pouvons donc observer que tous ceux qui contestent trop le pouvoir d’Erdogan finissent en prison ou au chômage. Il n’est d’ailleurs pas impossible que Washington ait donné son feu vert à Gülen. Probablement Obama a été secrè-tement favorable. Rappelez-vous, quand Obama a commencé à bombarder l’État islamique en s’appuyant sur les Kurdes au sol, Erdogan soutenait l’État islamique et bombardait les Kurdes ! Il pourrait également y avoir des répercussions sur la scène internationale. Un revirement avait déjà été amorcé. Erdogan semble reve-nir à sa doctrine initiale : « Zéro problème avec les voisins. » Cette stratégie con-sistait à établir des partenariats avec tous les pays de la région, sans exclusive ni connexion idéologique. L’objectif était de constituer une zone d’influence sunnite contrôlée depuis Ankara avec Erdogan pour sultan. Ils ont vu que ce projet était voué à l’échec. Soutenu par les amis de la péninsule arabique, il était rejeté en bloc par l’Égypte et la Syrie. Erdogan a donc commencé à se montrer plus raison-nable. La dimension économique a joué évidemment car maintenant la riviera turque est désertée. Il s’est également rapproché d’Israël. On ne sait pas si c’est sincère, mais on peut s’attendre à ce qu’Erdogan adopte une position plus apaisée sur la Syrie. Ce qui pourrait conduire à un gel des relations avec les djihadistes.

Ces derniers souffriraient du blocage des frontières turques. Avec un risque de représailles certainement. Mais si le dernier corridor reliant le fief de l’État islamique, Raqa, au monde extérieur, est fermé, les tensions risquent d’augmenter. Surtout si Erdogan se rapproche de la Russie et, par ricochets, de la Syrie.

« Bonne fête de l’Aïd »

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