Nommé à la tête de la DGSE, Bernard Emié fait ses adieux...

Nommé à la tête de la DGSE, Bernard Emié fait ses adieux à l’Algérie

633
PARTAGER
Bernard Emié a prononcé un émouvant discours d'adieu à l'Algérie le 21 juin dernier dans la villa des Oliviers.

Après avoir passé trois années mouvementées à la tête de l’ambassade de France en Algérie, Bernard Emié quitte son poste pour prendre la direction de la DGSE. Il sera remplacé par Xavier Driencourt. Retour sur les moments marquants de la carrière de ce pur produit de la Chiraquie.

Nommé Ambassadeur de France en Algérie en septembre 2014, Bernard Emié, 58 ans, a participé le 21 juin dernier à sa dernière réception dans la villa des Oliviers à Alger. Bien que sa nomination n’ait pas encore été officialisée, il prendra très prochainement la tête de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), le très sensible service de renseignement français. Connu pour son tempérament réservé, Bernard Emié  a pourtant exprimé une certaine émotion lors de son discours d’adieu, tenu devant un parterre d’invités prestigieux. «C’est la gorge serrée et avec une grande émotion que ma femme et moi-même vous recevons aujourd’hui pour la dernière fois à la Résidence des Oliviers pour vous dire au-revoir…nous avons passé des moments exceptionnels au cours de notre Ambassade enAlgérie. Des moments exceptionnels aussi dans ces lieux dont nous garderons un souvenir très fort. Je le dis souvent, mais quelle fierté pour un diplomate français d’avoir l’honneur de représenter la France en Algérie, ce pays stratégique, essentiel, fondamental pour la France ! Quel honneur de le faire en vivant dans cette Résidence qui abrita le général de Gaulle et sa famille, lorsqu’il dirigea la France combattante ! ».

Un pur produit de l’élite française

Diplômé de Sciences Po Paris et de l’École Nationale d’Administration (promotion Solidarité en 1983), Bernard Emié manifeste rapidement son intérêt pour les Affaires Etrangères. À contre-courant de ses camarades de promotion qui privilégient de grands corps de l’Etat à l’instar de l’Inspection des finances. Il commence ainsi par intégrer la direction Asie-Océanie du Quai d’Orsay. Il passera ensuite par l’ambassade de France en Inde où il fut premier secrétaire, au moment de l’assassinat de Indira Gandhi. Dans la foulée, il prend la direction des États-Unis, pour occuper le poste de premier secrétaire et deuxième conseiller de l’ambassade de France à Washington, entre 1988 et 1992. Cette expérience marquera un tournant dans sa carrière car il y rencontrera Dominique de Villepin, alors directeur du service de presse et d’information de l’ambassade, qu’il retrouvera quelques années plus tard.

Une longue amitié avec Dominique De Villepin

Il intègre en avril 1993 le cabinet d’Alain Juppé, fraîchement nommé ministre des Affaires étrangères et dont Dominique De Villepin est alors directeur de cabinet. Conseiller des affaires étrangères, en charge des crises régionales, il travaille aux côtés de Xavier Driencourt (qui occupera des années plus tard le poste d’ambassadeur de France en Algérie). Apres l’élection de Jacques Chirac en 1995, B.Emié rejoint la cellule diplomatique de l’Élysée aux côtés de Jean-David Levitte qui deviendra, quelques années après, le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy.

Ambassadeur de France en Jordanie à 39 ans 

En 1998, Bernard Emié âgé alors de 39 ans est nommé par Chirac à la tête de l’ambassade de France en Jordanie pour succéder à Bernard Bajolet, qui prendra la tête de la DGSE quinze ans plus tard.

En 2002, il est désigné directeur du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au sein de l’administration centrale après la réélection de Jacques Chirac. Un poste dont il avait déjà occupé la fonction de sous-directeur en 1992 et 1993, juste après la victoire du Front Islamique du Salut (FIS) aux élections législatives en Algérie. Son retour sera marqué par l’opposition frontale à la guerre en Irak que la France rejette fermement. Bernard Emié participe ainsi à l’élaboration du fameux discours prononcé à l’ONU par Dominique De Villepin exprimant avec lyrisme l’opposition de la France à ce qui est désormais qualifié d’expédition néo-coloniale.

Bernard Emié ici en compagnie de sa femme Isabelle lors de leur dernière réception organisée dans la résidence de l’Ambassade de France en Algérie.

En 2004, Bernard Bajolet, Ambassadeur de France à Irak, négocie la libération des journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot à Bagdad avec des membres de la DGSE. Bernard Emié co-pilote alors la cellule de coordination avec Jean-Michel Casa, l’ambassadeur de France en Jordanie. Les deux reporters français seront finalement libérés le 24 décembre 2004, après 124 jours de détention.

Fin 2004, Jacques Chirac le nomme ambassadeur de France au Liban dans un Moyen-Orient plus « complexe et compliqué » qu’il ne l’a jamais été. En 2007, l’élection de Nicolas Sarkozy marquera une période de règlements de comptes personnels. Un brin rancunier, Sarkozy n’a en effet nullement l’envie de conserver les fidèles de Chirac et de De Villepin à des postes clés. Au Liban, le nouveau locataire de l’Élysée nomme un proche, André Parant. Emié est transféré à Ankara. Après quatre ans en Turquie, en avril 2011, Emié devient ambassadeur de France à Londres. La fin du quinquennat de Sarkozy est effectivement marquée par une réconciliation avec la Chiraqui avec en point d’orgue le retour de Juppé comme chef de la diplomatie.

Valeur sûre de Jacques Chirac…et de François Hollande !

En 2012, Sarkozy n’est pas reconduit pour un deuxième mandat, mais Émié survit à l’alternance politique. L’ancien président socialiste le maintient en effet en poste à Londres en 2012, puis à Alger en 2014. Un poste stratégique « considéré comme l’antichambre du renseignement français » selon le journaliste Georges Malbrunot.

Nommé à la tête de la DGSE, Bernard Emié sera donc remplacé par Xavier Driencourt, déjà passé par Alger de 2008 à 2012. Avant de partir, il a tenu à saluer une dernière fois la coopération entre la France et l’Algérie sur le plan de la sécurité et de la lutte antiterroriste. Un « partenariat d’exception » selon lui.

Commentaires

commentaires