Mizo (photographe et plasticien) : le regard d’un perfectionniste

Mizo (photographe et plasticien) : le regard d’un perfectionniste

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Le photographe et plasticien, Hamza Ait Mekidéche alias Mizo

Le photographe et plasticien Hamza Ait  Mekidéche dit Mizo, invite le public à découvrir sa toute nouvelle collection d’œuvres, exposition réalisée l’été dernier, au Centre Culturel Français d’Alger (CCA).

Comme à chacune de ses expositions, le photographe et plasticien Mizo nous surprend par ses concepts artistiques très élaborés. Ce spécialiste de la photographie a suivi une formation en photographie argentique. Il a, par la suite, travaillé comme free lance dans la presse pendant trois ans. En 2006, il décide d’ouvrir à Alger son propre studio de photographie. Spécialiste, il a toujours œuvré pour la promotion du patrimoine et de l’identité ancestrale. En témoigne cette performante exposition individuelle.

Intitulée « Future antérieure », cette exposition inédite comporte un ensemble de treize œuvres. Un chiffre, qui correspond à la treizième exposition personnelle de l’artiste. Disposées dans le cadre d’une scénographie des plus réfléchie, les grands formats s’y disputent les petits formats : une manière singulière d’accentuer certains détails. La totalité de la collection, réalisée en 2016, suscite d’abord l’interrogation. Mizo élabore son concept depuis trois ans déjà. Mais il a préféré attendre le bon moment pour le mettre en oeuvre. C’est maintenant chose faite. Il livre aujourd’hui une belle collection de mode.  En outre, le visiteur découvre en filigrane que le kitch algérien est dans trois tenues différentes (algéroise, tlemcenienne et kabyle). Mizo ne nous présente pas des tenues traditionnelles conventionnelles.  Goût  raffiné, découpes  aérées, l’artiste mélange  le modernisme et la tradition.  Son concept s’articule autour de la combinaison de ces deux idées emboitées sur un seul et même support.

Mélange de modernisme et de tradition

Le titre des œuvres est proposé en langue anglaise. Dans «Quitte moi si tu peux », le visiteur est à même d’admirer une veste algéroise -un caraco- assorti à un chapeau et à un t shirt. Dans « Nomade langage », on découvre une chemise très moderne, portée avec un gilet légèrement renversé au niveau des coudes , rehaussée d’un pendentif en cuir, le bolo, et des bracelets traditionnels.  Mizo explique que l’on a l’impression que la femme portant cet habit est ligotée. « C’est l’attachement excessif par rapport à la tradition. Certains s’attachent à la tradition, juste, par héritage et non par conviction ou encore par volonté. Quand je sors dans le quotidien algérien, on voit  toujours cette tradition  de posséder le maximum et d’exposer le maximum. Il y a aussi le paraître pour paraître. C’est pour montrer sa richesse  et aussi pour combler le vide extérieur. Ils sont obligés des fois de montrer ce qu’ils ont comme intérieur ».

Perfectionniste à outrance, Mizo propose certains modèles de face et de profil au moyen d’encadrements différents (caisson de couleur noire).

La femme kabyle rayonne dans sa tenue traditionnelle. Un boléro est enfilé sur la robe. La tête est entourée d’un bout de « fouta ». Des pins sont accrochés un peu partout sur la tenue.  «Busy» (en anglais : occupée) est une œuvre sensuelle qui présente une robe rouge portée avec un grand nombre d’accessoires dont un chapeau, une casquette et une chéchia aux longues franges. « Chedda », tenue typique des Tlemceniens, est une autre œuvre qui mérite une attention particulière. L’artiste a mixé pour cette pièce une chemise aux motifs de Mickey et une chéchia sur laquelle sont collés un nœud de papillon en carton, des  pins(« Smiley » et « Peace and Love).

 

Trois ans d’élaboration 

Mizo est convaincu que certaines de ces tenues peuvent être portées aussi bien à Paris qu’aux Etats-Unis. On perçoit un grand sens esthétique, mais également un fond à forte dimension sociologique.« C’est une exposition qui traite de l’actualité.  La manière dont je traite le sujet est à l’opposé de la photographie de journalisme.  J’ai inversé l’équation.  On est attitré par l’esthétique ensuite on commence par décortiquer les informations » explique t-il.

En somme, «Futur antérieur » peut se targuer de détenir cette force  d’universalité et d’intemporalité. Il est à noter par ailleurs, que cette collection de tableaux  voyagera en Europe et aux Etats-Unis.

Maissane Nour.

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