Michel, Annick et les autres…, une jeunesse française du tourisme algérien

Michel, Annick et les autres…, une jeunesse française du tourisme algérien

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C’est un dîner un soir de l’année 2018, dans un appartement parisien. Michel Daviaud, immense professionnel du voyage et de la découverte, ne rêve que d’une chose à l’âge de la retraite : que l’Algérie enfin, soit dignement représentée au Salon Mondial du Tourisme qui se tenait ce mois de mars, à Paris. Il sera heureux dit-il d’y rencontrer Saïd Boukhelifa dont il loue actuellement les interventions médiatiques salutaires pour sortir le tourisme algérien de sa léthargie. Il y a quelques semaines, Michel, suivait sur Internet les interventions du professionnel algérien. Michel avait noté son nom sur un bout de papier qu’il a glissé dans le premier guide de tourisme de l’Algérie indépendante. “C’était en 1965, et tout ce guide c’est moi qui l’ai écrit de bout en bout”.

Peine perdue, il apprendra avec chagrin que l’ONT (l’Office National du Tourisme) sera absente. Il y aura tout de même le stand d’une agence représentant le sud algérien, l’honneur et sauf, seulement la Tunisie aura 11, le Maroc 19, le Vietnam 18, la Croatie 8, le Mali 6, le Cambodge 7 et le Laos 4.

Annick Garnier qui appartient à la même génération que Michel, est encore nostalgique de cette année 1989, où elle a rêvé de créer un festival international de musique andalouse sur la fameuse place de Ghardaïa. L’idée était dans l’air du temps, Annick et Michel étaient certains que l’Algérie avait besoin d’un grand évènement pour doper son tourisme culturel. Peine perdue là aussi, à Alger, et à la veille de la décennie noire, les décideurs de l’ONT avaient la tête ailleurs. “Quatre ans après ce sont les Marocains qui créent le festival des musiques sacrées à Fès”, raconte avec amertume Michel Daviaud.

Annick et Michel font partie comme tant d’autres professionnels algériens du voyage et de la découverte, de la génération dite Maoui, cet ex-ministre du tourisme de l’Algérie indépendante qui avait un projet pour son pays : “changer l’image internationale d’une Algérie qui vient de sortir de huit ans de guerre, en région accueillante, parmi les plus belles du monde”, se souvient, Michel Daviaud, des paroles du ministre, dites un jour de réunion dans les années 60.

L’amitié entre Annick et Michel a été scellée, un jour du printemps 1969, sur une piste d’aviation improvisée, au alentour de Laghouat. Annick venait d’atterrir avec 8 autres filles, des employées de l’agence de communication Havas à laquelle le ministre Abdelaziz Maoui a donné les clés de la promotion des régions algériennes. Michel lui, était déjà détaché, depuis 1965, comme coopérant au ministère du Tourisme, à Alger.

Ce jour de printemps de 1969, il lançait à Laghouat avec ses collègues du cabinet de Maoui, la première opération d’envergure pour promouvoir le sud algérien. Une course, entre Laghouat et El Goléa, de chars à voile, avec 300 participants dont la moitié, des journalistes venus du monde entier.

Annick dépose une veille chemise écrit dessus “1969” et avec dedans des photos en noir et blanc. On y voit une jeunesse internationale parcourir, dans de drôles d’engins et encadrée par la jeune armée algérienne, le désert entre Laghouat et El Goléa. Des tentes traditionnelles avec des journalistes affalés autour de verres de thé et surtout, Michel Daviaud se souvient de “mes moutons que je faisais transporter d’étape en étape pour nourrir au méchoui ce beau monde”.

Le professionnel du tourisme a même réussi à faire venir Françoise Hardy en hélicoptère pour lancer le départ de Laghouat. C’était un coup de maître, durant 10 jours la presse mondiale a raconté la course à chars à voile entre Laghouat et El Goléa. “Pour Maoui, il fallait une opération où l’on parle autrement de ce pays, si beau et si jeune, dans la presse mondiale, après avoir, durant des années, publiés que des informations concernant la guerre d’Algérie”, rappelle Michel Daviaud.

Pour Annick et Michel, l’Algérie indépendante de ces années 60, c’était leur mai 68 à eux. Lorsqu’il termine sa licence de science-éco et son BTS de publicité, en 1965, Michel ne voulait pas faire son service militaire. Originaire du Poitou, à Paris il découvre la coopération, dont le dispositif commençait tout juste à se mettre en place, et se retrouve dans un bureau à l’Hôtel national des Invalides où on lui dit : “On vous affecte au ministère du Tourisme à Alger”. Je ne connaissais rien de l’Algérie, ni des Algériens” dit-il aujourd’hui.

De retour dans sa famille poitevine, à l’annonce que son futur employeur c’est un ministère algérien, c’est le branle-bas. Aller travailler en Algérie, là où les Français ont été chassés, c’était vu comme un aller sans retour pour un jeune de 22 ans. “Mon entourage m’a dit surtout ne te ballade pas dans la Casbah. Mais sur place, après une nuit à l’ambassade de France, je me suis retrouvé le lendemain matin au ministère du Tourisme en pleine Casbah”.

Michel Daviaud qui, aujourd’hui, est considéré, par la corporation du tourisme mondial, comme un de ses meilleurs professionnels de ces 50 dernières années, affirme que : « ma vie a commencé en Algérie et mon premier patron fut le tourisme algérien ». Michel Daviaud restera, entre 1965 et 1970, en Algérie et ses parents, très craintifs lors de son départ, ont pris, par la suite, le goût du fameux circuit des Oasis. “Laghouat, Ghardaïa, Touggourt, El Oued, Biskra et Boussaâda, on faisait les 2 000 kms du circuit en 4 jours, on roulait vite car il y avait un très bon réseau routier”, se souvient Michel Daviaud.

Soudain, lors de ce dîner parisien de l’hiver 2018, s’installe un silence, avec dans les yeux de Annick et Michel de l’amertume. On sent, dans les visages de ces professionnels du voyage, une grande déception. Michel ose une critique : “Maoui, malheureusement, n’a pas laissé de dauphin. A partir de son départ, en 1980, le déclin du tourisme algérien a commencé”. Quant à Annick, elle a choisi une forme plus symbolique pour son ressentie vis-à-vis de l’Algérie. Elle a écrit un ouvrage de nouvelles*, à un moment il est question de souvenirs de ce pays qui a marqué à jamais ses vingt ans.

 Nidam Abdi

Consultant senior en innovation et veille stratégique

La voyante de la rue Dauphine d’Annick Garnier aux éditions EDilivre

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