L’eau et La terre: l’Algérie s’engage

L’eau et La terre: l’Algérie s’engage

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À l’occasion de  la Conférence  mondiale pour le changement climatique COP21 (29 novembre au 13 décembre 2015, Paris), Abdelouahab Nouri,ministre algérien des Ressources en eau et de l’environnement, s’est confié à Salama.

  • SALAMA. Dans l’esprit de la COP21 concernant le réchauffement climatique, quelle est votre stratégie pour l’eau et le développement durable en Algérie ?

Abdelouahab Nouri. L’Algérie se situe dans la catégorie des pays pauvres en ressources en eau selon le seuil de rareté (1 000 m3/hab/an) fixé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale. En effet, la rareté de l’eau et sa surexploitation dans tous les secteurs d’activités rendent les défis actuels encore plus structurels, amplifiés par les phénomènes extrêmes, tels que la sécheresse, la désertification, les glissements de terrains, les inondations et les changements climatiques. L’Algérie, consciente de l’ampleur de ces enjeux, a hissé le secteur stratégique de l’eau au rang de grande priorité nationale. Elle a déployé et mobilisé des ressources financières colossales pour le développement du secteur des ressources en eau, secteur névralgique qui véhicule le développement socio-économique du pays. Aussi, une nouvelle politique nationale de l’eau est mise en œuvre dès le début des années 2000, d’autant plus que l’Algérie se devait de faire face aux conséquences de la variabilité pluviométrique et à la diminution des réserves d’eau de pluie, accentuées par les changements climatiques. Elle s’articule autour de trois axes principaux à savoir : l’amélioration de la mobilisation des ressources sous toutes ses formes ; l’économie et la protection de l’eau, et la réforme du cadre de gouvernance de l’eau. Cette politique vise fondamentalement à sécuriser l’approvisionnement en eau en quantité suffisante et en qualité adéquate afin d’assurer de manière durable l’accès équitable à l’eau. Et ce, en intégrant toutes les options de mobilisation de l’eau et notamment les grands transferts, le recours au dessalement d’eau de mer et à la valorisation des eaux usées pour assurer l’égalité territoriale d’accès à l’eau et pour répondre aux besoins d’irrigation agricole. Grâce aux différents programmes de développement menés dès le début des années 2000, une percée considérable a été obtenue en matière de réalisation d’ouvrages de mobilisation. Les infrastructures de mobilisation des eaux, qu’elles soient conventionnelles par les barrages et les grands transferts ou non conventionnelles par le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées épurées, ont permis à notre pays d’apporter des réponses concrètes à la problématiques de la rareté de l’eau. Ces réalisations, qui placent l’Algérie dans le peloton des pays ayant atteint les objectifs du millénaire pour le développement fixés par l’Organisation des Nations unies en matière des ressources en eau, nous permettront de faire face à la pénurie de l’eau et déterminent les actions que nous devrons continuer à mener dans les prochaines années, à savoir les chantiers de préservation de la ressource, de sa gestion et de son recyclage.

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  • SALAMA. Où en est-on des projets en cours concernant les stations de dessalement de l’eau, les eaux usées, et l’avancement des barrages ?

A.N. Si l’on déduit les pertes par évaporation et les pertes à la mer considérées difficilement récupérables, le potentiel mobilisable dans des conditions techniques et économiques aujourd’hui acceptables peut être estimé à 9 milliards de mètres cubes d’eau de surface. Le littoral algérien subit une pression importante de pollution due essentiellement aux rejets urbains et industriels. Dans la perspective de la protection de l’environnement et du littoral en particulier, l’Algérie a adhéré le 26 janvier 1980 à la Convention pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution (Convention de Barcelone), s’est fixé comme objectif l’élimination de tous les rejets d’eaux usées en mer et a défini comme prioritaires les projets de réalisation des stations d’épuration des villes côtières. C’est ainsi que la protection du littoral contre les rejets urbains constitue l’une des priorités du secteur et ce, afin de se conformer aux engagements de la Convention de Barcelone. Pour illustrer ces engagements, il y a lieu de noter que parmi les 171 stations d’épuration existantes, 49 sont situées dans les villes côtières les plus importantes, à titre d’exemple les stations d’épuration d’Oran, Aïn Témouchent, Skikda, Annaba, Jijel, Boumerdès, Beni Messous, etc. En plus de l’important parc déjà mis en service, le secteur compte 69 systèmes épuratoires en cours de travaux avec une capacité installée estimée à environ 6 millions équivalent-habitant*/jour soit 244 millions m3/an. Les travaux d’adduction sont en cours pour la sécurisation de l’alimentation en eau potable (AEP) des wilayas de Mascara, Relizane, et seront achevés en 2016. Ces adductions toucheront plus d’un million habitants avec un programme de distribution en H24.

  • SALAMA. Vu la baisse du prix du pétrole et la crise économique que nous vivons en ce moment, pensez-vous que l’Algérie a encore les moyens suffisants pour finir la réalisation de ses barrages restants ?

A.N. Si nous considérons que le potentiel mobilisable des ressources en eau superficielle à travers les barrages représente 10 milliards de mètres cubes de capacité, et qu’à la fin du programme en cours nous atteindrons 8,4 milliards de mètres cubes de capacité avec 84 bar-rages, nous atteindrons un indice d’exploitation de 84 % du potentiel mobilisable (capacité), ce qui est en soi très significatif. Les barrages restants prévus dans le cadre du Plan national de l’eau (PNE) à l’horizon de 2030 ne représentent qu’une capacité de 900 millions de mètres cubes approximativement, destinés à certaines zones déficitaires des hauts plateaux qui seront pris en charge dans le cadre des transferts et interconnexions des barrages.

« L’une des priorités  est la protection  du littoral contre  les rejets urbains »

  • SALAMA. Pensez-vous que d’ici à l’année prochaine le problème des coupures d’eau va être réglé définitivement en Algérie, et en particulier dans la région de Cherchell ?

Le contexte hydraulique actuel du pays est favorable pour garantir un approvisionnement en eau potable équitable aux usagers. En effet, les réalisations et l’effort d’investissements consenti par l’État en matière de mobilisation de ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles (dessalement, barrages et forages), conjugués au programme important de réhabilitation des systèmes d’alimentation en eau potable, ont permis une amélioration substantielle de la desserte en eau, à la fois en termes de dotation en eau et des plages horaires de distribution d’eau à travers le territoire national. Afin d’atténuer le plus possible les restrictions dans la distribution et de sécuriser l’approvisionnement en eau, le secteur des ressources en eau s’est inscrit dans l’objectif de l’amélioration de la desserte en eau. Et ce, à travers la poursuite de la mobilisation des ressources en eau par la réalisation de nouvelles infrastructures de mobilisation et de transport d’eau (transferts et d’adductions), la poursuite du programme de renforcement des capacités de stockage et de réhabilitation et d’extension des réseaux urbains de distribution d’eau et la sécurisation sur le long terme de l’approvisionnement en eau potable et industrielle. Concernant le service public de l’eau, le secteur des ressources en eau ne ménagera aucun effort pour une gestion efficiente, notamment en termes de la généralisation et de la durabilité d’une distribution en continu dans toutes les villes du pays. Objectifs réalisables, pour peu que toutes les initiatives et toutes les compétences professionnelles soient engagées et soutenues au seul service des citoyens et du développement économique. S’agissant des populations des zones rurales et d’habitat dispersé, elles bénéficient actuellement de toute l’attention des autorités et ce, pour renforcer le droit d’accès à l’eau. Pour ce qui est de la région de Cherchell dans la wilaya de Tipaza, on enregistre un déficit en eau dû essentiellement à l’insuffisance des potentialités de la ressource hydrique, notamment en eau souterraine, dans la région. Pour faire face, dix communes de la zone Ouest de la wilaya sont prises en charge à partir du barrage Keaf Eddir dont les travaux sont en voie d’achèvement. Il s’agit des communes de Damous, Beni Mileuk, Larhat, Gouraya, Meselmoun, Hadjret Nass, Sidi Ghiles, Sidi Semiane, Cherchell,Tipaza. Au titre de l’exercice budgétaire 2016, une opération a été proposée pour la levée de contrainte et la libération des emprises des canalisations, et des assiettes des ouvrages de stockage et installations de pompage.

La suite sur SALAMA Magazine N°26

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