L’Algérie, ce vieux pays d’Immigration

L’Algérie, ce vieux pays d’Immigration

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L'Algérie est confrontée depuis quelques années à un flux migratoire continu qui inquiète les autorités.

 

Malgré une montée récemment observée du racisme et de la xénophobie, l’histoire de l’Algérie postcoloniale a été jalonnée de plusieurs vagues migratoires qui ont forgé l’image d’un pays d’accueil, tolérant et ouvert aux « Damnés de la terre ».

1967, la guerre des six jours éclate. Des milliers de palestiniens fuient la terre de leurs aïeux. Bon nombre d’entre eux trouveront refuge en Algérie où ils seront chaleureusement accueillis. Depuis, l’Algérie n’a cessé d’héberger, excepté durant la décennie noire, des populations vulnérables, forcées à l’exil à cause des guerres ou de l’extrême pauvreté. Si bien que ce pays fait figure de première terre d’immigration en Afrique depuis janvier 2011 et l’éclatement du Printemps Arabe. Mohamed Musette, sociologue et directeur de recherche au Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement(CREAD), rappelle que ce phénomène n’est pas nouveau : « l’Algérie accueille différentes nationalités depuis des années. Les premiers réfugiés de guerre à avoir été accueillis provenaient déjà de Palestine.» Les réfugiés politiques et climatiques représentent en effet 65% des quelques 250 000 immigrants présents sur le territoire national. Bien que le Professeur Musette précise que « Les Palestiniens ont, selon le HCR, un statut autre que celui de «réfugié». A partir des années 70, une autre population dite « vulnérabilisée » a trouvé refuge en Algérie; celle des Sahraouis, dont la République a été reconnue sous Boumediene. Plusieurs camps demeurent d’ailleurs jusqu’à présent. Le plus grand d’entre eux est situé prêt de la ville de Tindouf et compte pas moins de 90 000 réfugiés sur un nombre total estimé à 160 000, alors qu’ils n’étaient que 10 000 en 1975.

Un accueil chaleureux pour les syriens

Arrivés depuis 2011 et l’éclatement de la guerre civile, les immigrants syriens s’inscrivent dans la lignée des populations dites « vulnérabilisées ». Estimés à environ 25 000, ils bénéficient d’un capital sympathie grandissant en Algérie. Réputés bons commerçants et travailleurs, leur intégration se fait quasiment sans heurts. Ils profitent de surcroît d’une proximité ethno-confessionnelle qui facilite leur assimilation. Une hospitalité saluée par la présidente du Croissant Rouge Algérien, Saida Benhabyles, qui a estimé dans un entretien à El Khabar, que « l’accueil des réfugiés syriens a été humaniste et chaleureux. »

Les populations fragiles issues des pays voisins, à savoir le Mali et le Niger, ne sont pas en reste. Ces populations ont en effet « toujours été accueillies par l’Algérie » assure M.Musette. Le chercheur, spécialiste des questions migratoires, ajoute que celles-ci «partagent souvent les mêmes règles coutumières avec la communauté des Touareg. Ce qui facilite leur intégration dans les grandes villes du sud». Ces formes alternantes de migration saisonnière n’ont jamais posé de problème pour notre pays. » Précise-t-il. Leur nombre est aujourd’hui estimé à environ 20 000 individus, concentrés dans les grandes villes du sud.

Immigration « mixte »

Ainsi, depuis le début des années 2000, l’Algérie est confrontée à plusieurs types d’immigration. «Des personnes migrent à la recherche d’une protection internationale et trouvent refuge chez nous. D’autres, «piégées» à l’intérieur de leurs frontières, sont soit recensées comme des «déplacés internes», soit des «demandeurs d’asile». Elles bénéficient de ce fait d’une aide humanitaire du HCR et autres ONG ». Explique Mohamed Musette. Interviewé par le quotidien El Watan, ce dernier ajoute que ces flux migratoires polymorphes sèment la confusion : « Nous sommes face à des «flux migratoires mixtes». Comme dans un avion, vous avez des passagers qui voyagent pour différents motifs, les uns pour chercher de l’aide, les autres pour aller chercher du travail ou pour une vie meilleure ailleurs.»

Les migrants économiques sont effectivement nombreux. Les Chinois en pole position qui viennent travailler légalement, avec un contrat de travail. Ces derniers forment le bataillon le plus important de travailleurs étrangers. Ils sont estimés à environ 40 000 ressortissants. Même si l’ambassadeur de Chine en Algérie a récemment déclaré à la presse que 30 000 d’entre eux allaient être rapatriés dans leur pays. Il y aussi ceux qui « transitent» par l’Algérie pour aller chercher du travail ailleurs. Et qui,« devant les difficultés de migrer, optent pour travailler en Algérie et réunir le minimum de ressources » afin de ne pas retourner «bredouilles» dans leurs pays. Ils sont ainsi convertis dans la catégorie des migrations économiques. « Ils trouvent en Algérie un secteur informel qui a besoin de main-d’œuvre. » affirme Mohamed Musette.

L’Algérie s’estainsi mue ces dernières années en véritable pays d’immigration. Un constat déjà dressé il y a deux ans par Yasmina Taya, membre de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH), qui estimait que « L’Algérie était, auparavant, un pays de transit mais est devenue progressivement un pays d’installation, surtout des populations en provenance d’Afrique subsaharienne». Confrontées à un afflux constant de migrants, les autorités compétentes tentent quant à elles, tant bien que mal, de gérer humainement cette épineuse question. Maître Mario Lana, président du Conseil italien des réfugiés (CIR), lors d’une intervention dans une conférence à Alger en 2015, intitulée «le printemps arabe, les flux migratoires et le respect des droits de l’homme», avait en effet salué le travail de l’Algérie, la qualifiant de « modèle valide à suivre dans tout le Monde arabe en termes de gestion des flux migratoires ».

 Samir HAMMA

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