Election présidentielle en France : Une équation à plusieurs inconnues

Election présidentielle en France : Une équation à plusieurs inconnues

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Les deux débats télévisés ont permis à Jean-Luc Mélenchon d'effectuer une percée spectaculaire dans les sondages

Jamais l’issue d’une élection présidentielle française n’aura été aussi incertaine. A mesure que les sondages s’enchaînent -à un rythme indécent-; le doute s’amplifie dans les esprits (rationnels). D’habitude allants et sentencieux, les « experts » de l’opinion préfabriquée ont désormais la voix tremblante quand il s’agit de verser dans le pronostic.  Nul n’est en mesure aujourd’hui de prévoir le choix des électeurs les 23 avril et 7 mai prochains. Parmi les onze candidats sur la ligne de départ, pas moins de quatre prétendent sérieusement à la Magistrature suprême.

Le duel Le Pen-Macron, qui se profilait à l’horizon, a été en effet bouleversé par les débats télévisés. Ces derniers ont notamment permis à l’outsider Mélenchon de se révéler et de jouer désormais des coudes pour obtenir son ticket pour le second tour. Donné à 11% il y à peine un mois, « Méluch’» l’érudit tempétueux, a su tirer son épingle du jeu au détriment d’un Benoit Hamon pourtant avant-gardiste et pertinent sur des questions brûlantes telles que l’impact de la Révolution numérique sur nos vies.

Mais notre époque tourmentée privilégie la radicalité; « le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas ». Entre une option politique pro-européenne et modérée, et une autre dite « de combat frontal »,  l’Histoire a tranché : l’électorat de gauche était trop amer pour se cristalliser sur une candidature traditionnelle et équilibrée. Dans ce contexte, Mélenchon, bateleur de génie, dialecticien hors pair, roublard et retord, est en adéquation avec cette aspiration. A tel point que dans un pays que les «spécialistes » de pacotille annonçaient plus à droite que jamais, les forces de progrès véritables, héritières du Front Populaire de 1936 et du programme commun de 1981, sont aux portes du pouvoir. Si la dynamique se vérifie dans les urnes, le France renouera ainsi avec sa tradition égalitaire qui porta jadis, à contre-courant du fascisme et du nazisme triomphants en Europe, Léon Blum aux responsabilités.

E.Macron : bulle spéculative ou « Mozart de la politique » ?

Du coté du centrisme libéral, qui n’est « ni de gauche ni de gauche » comme disait feu François Mitterrand, la dynamique Mélenchon inquiète mais ne bouleverse pas la donne. Le favori des sondages et des élites mondialisées demeure Emmanuel Macron. Chouchou d’une oligarchie contestée, l’enfant prodigue de l’énarchie française et de la finance internationale, fait figure, parfois malgré lui, de sauveur d’un système en déliquescence tout en prétendant le transcender. Ce dernier surfe en effet sur une vague quasi christique bien qui’il baisse dans les intentions de vote à mesure que ses contradictions apparaissent au grand jour. On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends !

A droite de l’échiquier, seule la stigmatisation des Musulmans réunit un électorat éclaté entre deux blocs hétérogènes. La souveraineté et la Nation d’un coté; le Marché débridé et la mondialisation à marche-forcée de l’autre. Tous deux englués dans les affaires, Marine Le Pen et François Fillon tiennent étonnamment bon. La candidate du Front National et celui de Les Républicains bénéficient effectivement d’un socle d’électeurs déterminés qui fait fit de la gravité des accusations portées contre leurs leaders respectifs. La morale et la politique ne font pas bon ménage à droite; la haine de l’étranger (et surtout du musulman) mobilise davantage !

S’agissant justement de l’électorat dit « musulman »,-si tant est qu’il soit homogène, sa partie urbaine et diplômée semble tentée  par le modernisme « Start-uper » d’un Emmanuel Macron. L’héritier de François Hollande, qui avait obtenu 85% des voix Franco-maghrébines en 2012, ne pâtit donc pas de l’héritage de son mentor qui a pourtant activement soutenu l’agression de Gaza par l’armée Israélienne en juillet 2014. Une répression sanglante qui a fait, faut-il le rappeler, plus de 1000 morts. Ce soutien inconditionnel à l’Etat d’Israël a été d’ailleurs réitéré depuis par le candidat d’En Marche lors de son déplacement à Beyrouth. L’histoire se répète, mais les leçons qu’on en tire s’évaporent…

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