Débat Le Pen-Macron : un pugilat politique d’une extrême virulence

Débat Le Pen-Macron : un pugilat politique d’une extrême virulence

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Les deux finalistes de l'élection présidentielle se sont livrés à une véritable bataille de chiffonniers

Le débat d’entre-deux tours de l’élection présidentielle française, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, s’est distingué par son extrême brutalité. Retour sur les moments marquants d’un échange pour le moins houleux.

De l’avis général, ce fut le débat présidentiel le plus brutal de l’histoire la Vème République. Un combat virulent dominé, selon un sondage Elabe pour BFM TV, par Emmanuel Macron jugé le plus convaincant par 63 % des téléspectateurs interrogés, contre 34 % davantage convaincus par Marine Le Pen. Bien que les intentions de vote le donnaient déjà largement vainqueur le 7 mai prochain, avec 59 à 61% des voix, celui-ci a, semble-t-il, consolidé son socle électoral en faisant vaciller la candidate du Front National, notamment sur les questions économiques.

Sur la forme, la tension était à son paroxysme. La première flèche a été lancée par M.Le Pen, qui n’a eu de cesse d’associer son adversaire au bilan du quinquennat Hollande : « M. Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de l’ubérisation, de la précarisation, du communautarisme, de la guerre de tous contre tous, tout cela piloté par M. Hollande à la manœuvre », a ainsi martelé Mme Le Pen à son adversaire, qu’elle a qualifié de « M. le ministre de l’Économie et de M. le conseiller du président de la République».

« La grande prêtresse de la peur »

Mais le jeune candidat d’En Marche ne s’est pas laissé intimider, ripostant coup pour coup aux attaques de sa concurrente : « Vous n’êtes pas la candidate de l’esprit de finesse ni de la volonté d’un débat démocratique équilibré et ouvert », a ainsi rétorqué M. Macron, après avoir placidement laissé sa concurrente déployer un argumentaire pour le moins caricatural. À son « esprit de défaite », il a opposé « l’esprit de conquête » qu’il veut incarner.

« De la poudre de perlimpinpin »

L’échange sur le terrorisme et l’islamisme (Et l’immigration en creux) fut le moment le plus sanglant de ce pugilat politique. Sans surprise, Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron de « complaisance pour le fondamentalisme islamique ». « Ce que vous proposez, comme d’habitude, c’est de la poudre de perlimpinpin »,  lui a rétorqué avec un brin d’ironie son adversaire, l’accusant de tomber dans « le piège » que les auteurs d’attentats «nous tendent» et de « porter la guerre civile ». « Projet peur ! » a objecté la dirigeante frontiste. Et M. Macron de répliquer : « La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi ! »

« Vous ne connaissez pas vos dossiers ! »

Le débat a donné lieu à d’autres coups de boutoir. Emmanuel Macron, sans notes et les yeux rivés dans ceux de sa rivale, qui consultait très régulièrement ses fiches , qu’elle avait a priori du mal a décrypter, a sorti l’artillerie lourde : « Mensonges ! », « Grandes bêtises ! », « Vous ne connaissez pas vos dossiers ! ». « Je vois que vous voulez jouer avec moi à l’élève et au professeur, mais ça n’est pas mon truc », a répondu la seconde, quelque peu déstabilisée.

La séquence la plus médiatisée de l’entre-deux-tours, la visite à l’usine Whirlpool d’Amiens le 26 avril, a également été évoqué. M. Macron a accusé son adversaire d’y avoir « profité de la détresse des gens » et d’avoir fait des selfies quinze minutes sur le parking. « Je ne vais pas me planquer dans une rencontre avec l’intersyndicale », a répondu Mme Le Pen qui a rappelé que son adversaire avait été mal accueillie par certains salariés de l’entreprise en crise.

«Le FN est le parti des affaires»

Emmanuel Macron s’est quant à lui concentré sur les affaires judiciaires affaires du FN. Dans son élan, il a qualifié Mme Le Pen de « parasite » du système sur lequel elle « vivrait ». S’agissant du l’économie, il a littéralement démonté ce qu’il a qualifié de « bidouilles » récentes de sa rivale sur son programme, l’interrogeant sur sa sortie de l’euro, sa réforme des retraites et le financement global de ses réformes, achevant définitivement la candidate d’extrême-droite.

Groggy, Mme Le Pen a accusé maladroitement son adversaire d’être « arrogant » et « soumis » face à « ses maîtres ». « La France sera dirigée par une femme,moi ou Mme Merkel », a-t-elle lâché, dans la partie réservée aux questions internationales.

Nonobstant l’impossibilité d’échanger paisiblement avec la candidate du Front National, Emmanuel Macron avait tenu à participer à ce match de boxe. Un pari risqué mais néanmoins gagnant selon l’ensemble des observateurs de la vie politique française.

 

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