Bouteflika, la Constitution et les autres

Bouteflika, la Constitution et les autres

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Hadj Sahraoui HassinaPour la troisième fois depuis l’arrivée du président Abdelaziz Bouteflika à El Mouradia en avril 1999, le Parlement algérien a amendé, le 7 février dernier, à main levée et sans débat, un projet de Constitution sur les rails depuis… les premières étincelles provoquées, début 2011, par le Printemps arabe. L’opposition, qui a boycotté la séance, a accueilli froidement cette révision « pliée » en quatre heures et demie. Elle soupçonne le régime en place de préparer la succession de Bouteflika. « Faux », rétorquent les partisans du régime. Ils estiment que cette nouvelle Constitution « permettra d’immuniser le pays contre les bouleversements politiques et les menaces qui guettent sa sécurité nationale ». Et de citer les changements apportés à cette « prospective et pertinente » loi, dixit le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui rétablit la limitation à deux le nombre de mandats présidentiels, consacre le tamazight comme langue nationale et officielle, prévoit la désignation du Premier ministre parmi la majorité parlementaire et octroie à l’opposition le droit de saisir le Conseil constitutionnel. Autre disposition phare : l’introduction de la préservation de la « politique de paix et

de réconciliation nationale » mise en œuvre pour couper court à la « tragédie nationale » des  années 1990. Loin des « réformes politiques profondes » promises par le président Bouteflika, cette nouvelle Constitution offre les matériaux nécessaires à la construction démocratique.

Curieusement, de part et d’autre de la Méditerranée, on révise, pour les mêmes motifs, les Constitutions. En Algérie, on exclut (article 51) les binationaux et les non- Immuniser le résidents des fonctions supérieures et sensibles de l’État. pays contre les Notamment des fonctions de souveraineté. Sans attendre la définition des fonctions concernées, une douzaine d’associations d’Algériens établis en France ont dénoncé cet politiques ?amendement qu’elles jugent « injuste » et « discriminatoire ».

« L’article 51 est très clair. Il ne vise aucunement nos frères à l’étranger », rétorque Abelmalek Sellal. Et de préciser : « C’est la première fois dans l’histoire de l’Algérie que l’on reconnaît les Algériens porteurs de plusieurs nationalités. » « Les portes demeurent ouvertes aux Algériens de l’étranger dans diverses fonctions », ajoute-t-il. Et pour cause ! L’Algérie, qui veut prendre le train de l’économie de marché et interdit noir sur blanc le monopole, la concurrence déloyale et la discrimination public-privé, ne peut en 2016 donner du dos à sa diaspora – 4 à 5 millions de personnes dont 3,5 millions sur le territoire français. En France, les députés ont voté, le 10 février dernier, à la majorité pour un projet de révision constitutionnelle qui porte sur deux articles : l’un sur l’état d’urgence ; l’autre sur la déchéance de nationalité pour les Français binationaux auteurs de crimes et délits terroristes. Ce texte qui « divise » et « tourne à la pantalonnade », selon l’ancien Premier ministre, Alain Juppé, sera-t-il avalisé par le Sénat à partir du 16 mars ?

Très bonne fête du 8 mars à toutes les femmes du monde pour leur persévérance, leur courage et leur combat quotidien.

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