Ahmed Salim Aït Ouali et les sirènes de la poésie

Ahmed Salim Aït Ouali et les sirènes de la poésie

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Il baigne dans la littérature et la poésie depuis toujours. Hier, sur les bancs de l’école, il aimait chantonner la poésie classique arabe, le malhoun et même la littérature française. Il n’a pas changé et est toujours épris de lettres et de mots qui racontent avec allégresse et amour les choses de la vie.

Son parcours est atypique et son esprit vif et critique a d’abord fait de lui un journaliste. « Un métier noble, rappelle-t-il, qui m’a fait découvrir l’autre, les autres, les petites gens. Un métier qui m’a permis de connaître mon pays de long en large. » Si Ahmed Salim est la signature du journaliste qui fait face au mal, au mensonge et au faux, Ahmed Aït Ouali est la signature qui résonne comme une conscience, el Baz, en revanche, est la signature pour les intimes.

Ahmed fait partie d’une autre génération, presque d’un autre temps. « Quand je vois notre présent, j’ai comme l’impression que notre passé est une autre dimension. » Il s’engouffre dans le monde de la presse écrite en 1981 et aura ce “privilège” de connaître les deux Algérie, celle du parti unique et celle du multipartisme. Une maîtrise parfaite de l’arabe et du tamazigh et une curiosité permanente pour la langue française ont façonné l’homme, le journaliste et l’écrivain. « Je n’ai aucun complexe par rapport à la langue, assure-t-il. Pour moi, la langue véhicule le savoir, l’art et la culture et, par conséquent, elle permet l’ouverture l’esprit. »

De la presse écrite à la télé

Il intègre la télévision algérienne en 1994. Il y travaille encore de nos jours. Derrière la caméra, il produit des émissions références qui font date, telles Aswad ou abiad (Noir et blanc), Lamassat (Touches), ou encore Foussoul (Saisons).

Mais durant tout ce parcours et avec cette expérience, Ahmed n’a jamais lâché la littérature et la poésie. « C’est ce qui m’a toujours tenu compagnie, dans les beaux moments de ma vie et dans les plus durs moments de l’Algérie », avoue-t-il en soupirant. De Mahmoud Darwich à Aît Menguellet, d’Omar el Kayyam à Victor Hugo, de Khalil Gibran à Jean Sénac, il rêve de traduction. Il veut échanger les vers, les inverser d’une langue à l’autre. « Un projet que j’ai toujours voulu concrétiser. »

… Puis à la radio

Pour cela, il ira à la radio algérienne Chaîne 2, de langue kabyle, pour lire des textes qu’il a lui-même traduits de l’arabe et du français au tamazigh. Une première expérience qui va le mener vers l’écrit. « Tous les soirs, à partir de minuit, heure de toutes les inspirations, je me faufilais dans les vers en langue arabe de Mahmoud Darwich pour les traduire en tamazigh. Et je me baignais dans le répertoire kabyle d’Aït Menghelet en réinventant ses textes en arabe. »

El Bez, pour les intimes, a beaucoup de projets de traduction. « Je veux que les langues s’apprivoisent, et il n’y a que la poésie qui peut le faire », soutient-il. Dans ses virées nocturnes, les sirènes de la poésie sont là pour l’inviter à l’écriture. Il écrit des traductions, mais aussi des poésies sorties de ses entrailles, des réflexions, des essais et des cris d’amour et de mélancolie. Ses ami(e)s lui demandent chaque fois : « Quand vas-tu éditer tout ça ? »

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