La civilité et le civisme sont-ils des actes de bonheur ?

La civilité et le civisme sont-ils des actes de bonheur ?

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En Algérie, le civisme est moins évoqué que la civilité. Le civisme renvoie au respect du citoyen pour la collectivité, alors que la civilité est davantage une manière d’être qui combine respect, politesse et courtoisie à l’égard de l’autre. Mais pour l’un comme pour l’autre il est rarement employé dans la société, ni dans les familles et  pas du tout  chez certains  jeunes et  d’une manière générale complètement oublié dans les écoles. Si il y a un pays qui peut nous servir  d’exemple c’est bien le Japon. A Tokyo tous les touristes  et les résidents étrangers  sont  ébahis par la civilité et le civisme. Pour la civilité, l’impeccable politesse des commerçants et des chauffeurs de taxi change d’une certaine rudesse algérienne. Une file impeccable pour accéder à l’escalator du métro nous semble quasiment surréaliste. Pour ce qui est du civisme, la responsabilité collective à l’égard de la chose publique suscite aussi l’admiration : chaque dimanche, le matin de très  bonheur  à Tokyo, une brigade d’habitants du quartier ramasse les papiers sur les trottoirs et coupe les herbes folles des frondaisons. Y participe des personnes âgées, de jeunes adultes et des enfants. Chacun remplissant sciemment  son sac-poubelle avec une pince. Bien entendu, il ne faut pas idéaliser la civilité et le civisme japonais. Ils s’accompagnent d’un fort contrôle social dans lequel l’interdit est très dominant. Le métro de Tokyo comporte un nombre impressionnant d’affichettes bannissant les comportements répréhensibles. Il n’empêche que se comporter civilement est l’expression d’un certain bonheur. À l’inverse, le «  je vis uniquement pour moi » est le témoignage d’un mal-être personnel. Pourquoi ? Parce qu’un individu ne respectant pas les autres ne se respecte souvent pas lui-même. Cela explique que les sociétés dans lesquelles les individus souffrent ne se tournent pas toujours vers la solidarité, mais au contraire vers un individualisme renfrogné. L’Algérie, en a fait la cruelle expérience ces dix dernières années. Et surtout  cet été  avec l’épidémie du choléra propagée dans certaines régions. Elle a été vécue comme une confusion et une panique totale. Non seulement on  fait endosser toute la responsabilité sur le à l’Etat mais en plus les réseaux sociaux sont envahis par  les rumeurs les plus folles et plus infondées et tout se mêle, et même les médias étrangers en rajoutent. Tout ça est certainement dû dès le début à un manque de  communication et de prévention. Alors rien de surprenant qu’il y est des maladies de ce genre. Quand  on voit  le laisser-aller et la saleté dans  chaque ruelle de la capitale et sa périphérie : des montagnes de poubelles, d’ordures  entassées dans les quartiers, on ne peut alors s’empêcher de penser que toute la société algérienne est responsable de cet état. Se comporter civilement  témoigne  donc d’un respect de soi qui dépend de plusieurs facteurs: le contexte social, la psychologie de l’individu et l’éducation. Cette dernière reste d’abord de la responsabilité familiale. L’école, le sport, la vie associative participent, mais ne remplacent jamais l’éducation familiale. Bien entendu, il ne faut pas avoir une conception étroite de la notion de famille qui revêt des configurations multiples dans les sociétés modernes. La civilité et le civisme ne sont pas à bannir au rang des vieux manuscrits. Ils méritent d’être pensés et valorisés dans nos sociétés. Mais pour en faire des valeurs fortes, l’individu doit d’abord s’accepter et se respecter lui-même. Là est le plus dur pour l’homme !

Hassina Hadj Sahraoui

 

 

Citation : La civilité et le civisme ne sont pas à reléguer au rang des vieux grimoires. Ils méritent d’être pensés et valorisés dans nos sociétés.

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